Dans la Collection le PARC

Sweet Dream et D'autres vies-Trois romans

D'autres vies. Trois romans d' Ecaterina Stanculeanu Guillemin

 

 

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la Collection le Parc

 

D’autres vies – Trois Romans, propose aux lecteurs trois histoires fortes et à suspense apparemment sans liens, mais dans lesquelles le lecteur attentif décèlera des échos. Leur point commun majeur est dans l’évocation de vies voyageuses, oscillant entre la France et la Roumanie.  Des histoires d’amour, non dépourvues d’humour et de poésie.

            Adieu mon amour qui ouvre cette trilogie est sans doute le plus dramatique, le plus grave des trois récits.  Il commence en quelque sorte par la fin et confronte le lecteur dans un style très cinématographique à un « flash-back » explicatif qui mènera le lecteur de surprise en surprise. La peinture des émois adolescents, (sentimentaux et physiques), les complications familiales, habilement nouées à la question culturelle des liens entre France et Roumanie, tout cela intrigue, interroge, tient en haleine le lecteur jusqu’à la dernière page.

            La Roumanie est plus présente encore dans le deuxième roman intitulé Dans la peau d’une autre, mais toujours en liens, habilement tissés, avec la France. L’humour est ici beaucoup plus marqué, en particulier dans la visite-enquête au château de Dracula. Nous sommes cette fois dans la comédie, la fantaisie, frôlant parfois l’absurde, et peut être la folie. On se rappelle ici que la Roumanie n’est pas seulement le pays de Dracula et de Ceausescu, mais aussi celui de Ionesco. Cet ouvrage, donne également à voir et apprécier la part créative et quasi démiurgique du travail de l’écrivain.

Le dernier ouvrage de l’ensemble ici proposé, va plus loin encore dans cette voie. La Flèche de Cupidon se présente d’abord comme un Thriller, lui aussi très cinématographique. On songe cette fois à Hitchcock et aux grands maîtres du suspense. Là encore les allées venues, entre France et Roumanie, tissent la trame d’une intrigue à rebondissements et à révélations. Mais plus encore que dans le précédent, le jeu de la fiction créative et du réel est mis en valeur dans un dénouement étonnant.  Oui décidément le romancier, ici la romancière, est démiurge « d’autres vies » dont le jeu coloré sur l’écran des pages blanches, nous distrait, nous éloigne, mais aussi parfois, nous rapproche des nôtres….

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adieu, mon amour !


 


 

 

     Les sirènes de l’ambulance semaient la panique parmi les patients qui attendaient leur consultation, dans la salle d’attente. Les grandes fenêtres vitrées de l’hôpital de Creil laissaient passer une lumière éblouissante. On entendit la voix aiguë d’un urgentiste :

─ Laissez- nous passer, vite ! Faites venir un médecin ! On a ici un accident de moto, une jeune fille qui a failli se tuer sur la route, à dix kilomètres environ.

     Sur le chariot roulant, on distinguait à peine le visage défiguré d‘une inconnue, des bleus et des hématomes partout, les cheveux longs, frisés maculés de sang ; des taches de sang encore sur les vêtements et la couverture blanche.

─ Trauma du crâne, trauma du bras, le pouls est faible, conclut l’urgentiste qui avait amené la victime.

─ Intubation, analyse du sang, je veux les résultats tout de suite, dit le docteur, déjà arrivé au chevet de l’accidentée. J’ai besoin également le plus vite possible d’un électrocardiogramme. Surveillez le masque à oxygène et empêchez-la de s’endormir ! précisa le médecin de service en regardant de près son infirmière.

     Ce va-et-vient de tous les jours n’a rien à voir avec l’animation d’une gare ou celle du Louvre, pendant la Journée du patrimoine ; ces gens-là, habillés de blanc, courent en tous sens, déployant des efforts surhumains pour sauver des vies. Ces gens-là, sauveteurs anonymes, ultime espoir parfois, doivent réagir en l’espace d’une fraction de seconde pour saisir la bonne solution…Ils mènent chaque jour l’éternel combat de la vie contre la mort, combat dont ils ne sortent malheureusement pas toujours vainqueurs …Parfois, des malades sortent du coma, par miracle…Si seulement l’amour suffisait à les rendre vivants !

─ Transfusion de sang, vite ! Faites venir ses parents pour un prélèvement sanguin. Il nous en faut du même groupe.

     Averti par un coup de fil qui lui parut étrange, au début, le père de Caroline se présenta à l’accueil de l’hôpital, à bout de souffle, en larmes, les mains tremblantes, inquiet de l’état de santé de sa fille chérie. Elle était tout ce qu’il avait de plus cher au monde, sa joie de vivre, le sens de son existence…Il ne pouvait pas supporter l’idée de la perdre, il ne pouvait pas accepter un si terrible coup.

─ Bonjour, madame ! Où est ma fille ?

─ Monsieur, s’il vous plait ! D’abord, les formalités !

─ Écoutez, je veux voir ma fille ! Comment va-t-elle ? Est-ce qu’elle s’en sortira ?

─ Je vous prie de me dire votre nom ! précisa la secrétaire.

─ Mais c’est vous qui m’avez appelé, n’est-ce pas ? Je m’appelle Bonnet.

─ Vous pouvez épeler votre nom, s’il vous plat, monsieur !

─ Je n’ai pas le temps d’épeler mon nom, je suis inquiet pour ma fille. Bon, d’accord : B O N N E T, ça vous va ? Maintenant, je peux y aller ?

─ Doucement, je dois remplir le formulaire ; votre date de naissance, votre numéro de téléphone, le numéro de sécurité sociale…

─ Ce n’est pas vrai ! Je suis médecin, pas besoin de me poser autant de questions.

─ Oui, mais c’est la loi ! Vous devez le savoir mieux que personne !

─ Ma foi, c’est vrai ! 

─ Par ici, monsieur ! Pour sauver votre fille, il faut une transfusion de sang. Dépêchez-vous. Est-ce que vous êtes compatible ?

     Une vague d’angoisse et de remords envahit le cœur de M. Bonnet. Devenu livide, il tituba en marmonnant « Une transfusion de sang, oh mon Dieu ! » avant de s’évanouir sous les yeux de l’infirmière contrariée.

 

***

 

     Deux semaines auparavant.

 

     Il était quatre heures du matin. Un silence profond régnait dans la maison quand soudain, on entendit les hurlements d’effroi de Caroline, qui se réveillait :

─ Qu’est- ce qu’il y a, mon amour ? lui demanda sa maman, alertée par ses cris. Encore ce cauchemar ? Tu as fait un mauvais rêve, n’est-ce pas ? Raconte-moi, ça te soulagera !

─ J’ai peur ! Maman, je deviens folle ! C’est encore cette chambre aux murs peints en couleurs sombres, avec ses petits lits superposés aux sommiers en métal ; un arlequin en bois qui essayait de me parler, mais moi, je ne pouvais pas comprendre ; il parlait une autre langue, maman. Aide- moi, dis-moi que je ne suis pas malade !  ..................(à suivre)