SWEET DREAM... FAIS DE BEAU RÊVE

Un roman de Cécilia Heitz-Bellière

 

Préface de Martial Maynadier

Directeur Collection le Parc

 

Ce premier roman étonne par la maîtrise narrative et stylistique de son auteure. Il emporte le lecteur dans une aventure hors norme, inscrite pourtant dans un quotidien que rien ne semble prédestiné au fantastique ou à l’étrange. Les personnages nous apparaissent d’emblée familiers et attachants.

 

L’héroïne est un personnage sympathique, une jeune femme célibataire, de caractère affirmé, dévouée dans son métier d’infirmière. L’étonnante rencontre qui nous est décrite ici, change profondément sa vie, lui apporte un bonheur extraordinaire, dont peu à peu la précarité et les ombres se révèlent. Un passé dramatique ressurgit, et se mêle si intimement aux événements du présent qu’un tourbillon temporel, emporte la jeune femme et captive l’attention du lecteur. Un remarquable suspens s’installe dont la résolution ne se fera qu’aux dernières pages. La réalité détruira-t-elle les rêves, les rêves construiront-ils une réalité nouvelle ?

 

Vous le découvrirez, en allant jusqu’au bout de ce très beau roman

 

 

 

EXTRAIT: .....

Le secret de Madeleine l’avait poussée, petit à petit, à s’éloigner le moins possible de chez elle : elle se hâtait de rentrer du travail, faisait ses courses en coup de vent, choisissait toujours des médecins de l’hôpital qui respectaient les horaires (et ne vous laissaient pas poireauter pendant des heures), elle payait quelqu’un pour quelques heures de ménage par mois et achetait sur internet dès que possible pour limiter ses déplacements. Quant à ses cheveux, on ne pouvait pas vraiment parler de coiffure : elle se résumait à une frange et un carré court. L’organisation de cette nouvelle vie était totalement opposée à celle qu’elle avait pu vivre ces neuf dernières années, sans qu’elle ne regrette vraiment ce frénétique besoin de s’occuper qui l’avait habitée tout ce temps. Bien sûr, certaines choses n’avaient pas changé. Elle logeait toujours dans un petit appartement coquet du centre-ville, au troisième étage d’un immeuble hors d’âge, mais qui ne manquait pas de charme. Cela faisait déjà un bail qu’elle y avait emménagé. Juste après avoir trouvé le poste de ses rêves, elle avait dégoté ce petit nid douillet et ne l’avait jamais quitté. À présent, elle commençait à s’y sentir un peu à l’étroit et avait plusieurs fois pensé à trouver quelque chose de plus spacieux. Mais changer de logement lui ferait gâcher pas mal de temps : aller acheter un journal de petites annonces, étudier scrupuleusement toutes les offres, passer des coups de fils, prendre rendez- vous, visiter et déménager… Pffffffff… rien que d’y penser, elle y renonçait sur le champ. En ce moment, son temps libre était trop précieux et entièrement tourné vers une seule et même « activité ».

 

La nouvelle vie de Madeleine avait débuté la veille de ses 39 ans. Avant cela, elle ne faisait que passer le temps : manger, dormir, travailler, danser, bouger, discuter, sortir… boire… rigoler et très rarement regarder la télé. Son petit plaisir casanier, en dehors de la lecture, consistait à visionner de vieux films récupérés par ci par là. Le genre de films où une jeune femme ordinaire, voire pire, rencontre le parfait amour après moult péripéties, et des fins du genre "ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…" à visionner uniquement entre copines pour ne pas trop pleurer à cause du masque anti-ridules hyper cher qui est en train de « magnifier » ton visage !

 

Alors, la veille de son anniversaire, copines indisponibles obligent, elle avait prévu d’en prendre une triple dose. Elle n’était pas le genre de personne à boire seule plus que de raison pour noyer sa mélancolie. Mais à l’approche de ses 39 ans, elle se serait bien laissée un peu démonter la tête à coup de téquila sunrise pour empêcher ses vieux démons de trop y tourner.

 

Mais non, ce soir-là, elle avait décidé, à tort ou à raison, de s’enivrer d’histoires d’amour et de happy-ends en tout genre, accompagnée d’une couverture polaire et d’un gros pot de glace Haagen Dazs vanille noix de pécan. En général, ces séances entre copines lui permettaient de s’endormir avec une sensation de bonheur, d’espoir et de douceur entremêlés. Mais ce soir-là, seule, elle s’endormit sur son canapé avant la fin du premier film. Ses derniers temps, elle ne dormait pas très bien et son corps accusait le coup. Et ce qui se déroula cette nuit-là changea sa vie radicalement. Rien ne serait plus jamais pareil…

 

Vous vous demandez certainement ce qui peut à ce point influencer la vie d’une personne sans qu’elle ne bouge de son divan, d’autant plus, si elle y est étendue, totalement endormie…

En réalité, le commanditaire de ce changement n’était autre que son cerveau. Cette nuit-là, au milieu de rêves plus ou moins étranges, l’un d’entre eux se distingua des autres. Jamais auparavant, elle n’avait ressenti pareille sensation en songe. Bien sûr, elle avait déjà fait des rêves romantiques voire érotiques… Mais cette fois, la réalité de celui-ci avait été terriblement troublante.

Elle se leva en sursaut, réveillée par la sonnette. Derrière la porte l’attendait un homme, un petit bouquet de lilas à la main. Et puis, elle s’aperçut dans la grande glace de l'entrée. Elle n’était pas mal non plus. Une jolie petite robe rouge avec des escarpins noirs à talons aiguilles. Soudain, un détail attira son attention : ses cheveux relevés laissaient apparaître un tout petit tatouage dans son cou, à la naissance de ses cheveux. Impossible de savoir ce que ça pouvait représenter sans rester trop longtemps à scruter le miroir.

 

Pour que cette situation ne devienne pas trop gênante, elle détourna le regard et observa avec plus d’attention cet homme qui lui faisait face sans rien dire. Il était d’un naturel élégant. Chaussures en cuir noires à bout pointu, jean bleu foncé, veste de costume noire sur chemise noire, col légèrement ouvert. De son visage, elle ne vit d’abord que son sourire qui lui donna aussitôt envie de l’imiter. Puis elle remarqua qu’il la mangeait littéralement du regard. Et d’un coup, il rompit le silence :

 

              — Bonsoir Maddie, dit-il d’une voix douce et grave.