MANZA - de Michèle Fayard

 

Un roman rohmérien où la vie de l’héroine, éprise de théâtre et de cinéma, se déroule de scènes en scènes, de séquences en séquences.  Une vie quotidienne dans ses aléas et ses richesses, ses bonheurs et ses déceptions. Un final surprenant.  Et tout au long du livre cette petite musique attachante.  Le style et l’élégance d’une auteure qui se révèle dans ce premier ouvrage….       

            Martial Maynadier Directeur de la Collection le Parc

 

 

Début du livre:

L'allée avait une odeur de marronnier, les cris des gosses amplifiaient la rentrée et je tenais mon cartable bien serré. Trop serré.

Ça sentait l'automne, ça sentait l'école.

Le dortoir avait un goût d'au revoir. Au revoir à mes parents que je ne reverrai pas de la quinzaine. Et ils partaient.

Et je restais.

Même si je n'étais pas la seule, c'était moi, moi parmi d'autres. Que pouvais-je en dire ?

Pleurer ou crier ! Alors, j'ai beaucoup pleuré, j'ai surtout crié.

Ça sentait l'automne.

Ça sentait dur, ça sentait mal, ça sentait affreux.

 

Et puis, le vendredi-espoir finissait par arriver. Là encore, il devint synonyme d'au-revoir. Car le bonjour se terminait immanquablement par un retour, un retour inexpliqué-inexplicable, à l'odeur de craie effacée et de blouses déchirées. De bagarres véritables en poèmes sanglants, de pleurs solitaires en rires bruyants, il fallait bien que le poids lourd au ventre se dégage ; alors je courais, j'adhérais à toute compétition sportive, je ne tenais pas EN PLACE.

Ont-ils compris ceux qui se sont réunis maintes fois pour en parler que c'était justement pour m'en trouver une ? Et que l'oiseau dans la cage dessiné sur le petit carnet aux poèmes aurait dû prendre son envol avec mes dix ans ?

 

 

 

Manza a les yeux qui piquent… comment a-t-elle pu écrire ces lignes ?

Comment son entourage n'a-t-il jamais compris…

Comment cela l'a-t-il enrichie ?

Et voilà, ça recommence, toujours positive hein Manza ?

 

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Avant la répétition de sa pièce au théâtre, elle regarda sur Internet un site lyonnais où se déclinaient des offres d'emploi. La rubrique casting l'attirait. D'un clic elle s'y engouffra. Un metteur en scène recherchait des comédiens pour un court métrage. Pourquoi pas ? Elle joignit son CV avec un petit mot. On verrait bien. Elle ne prenait pas de gros risques. Si rendez-vous il y avait, elle aviserait. Au ressenti. Comme d'habitude. Comme on le lui reprochait. Comme elle aimait vivre. Ça se passait au niveau du plexus. Ah, ça les faisait tous rire quand elle évoquait ce point-là, entre les côtes, juste sous le soutien-gorge. Ça pouvait s'ouvrir ou se fermer... une porte de ressenti, un passage d'émotions, une clé qui donnait le diapason, un vortex qui, relié au cosmos donnait les bonnes notes. Et si on savait les entendre…

Manza partit à sa répèt'. Là, elle savait. La troupe d'amateurs, tous de bons complices, travaillait dur pour une pièce qui serait jouée au début de l'été. Elle prit possession du plateau où, évoquant une militante, elle se dressait sur le canapé, poing levé devant sa famille bourgeoise abasourdie. Féministe convaincue dans ce rôle, elle chassait l'homme aux avances trop pressantes et aux caresses préméditées. Elle jouait comme si elle évoluait dans son salon, en oubliant l'environnement… Sensation grisante d'habiter le plateau, de s'envelopper d'une aura démesurée, danseuse à la souplesse herculéenne ! Sensations parfois opposées… entrechocs de deux sentiments contrastés. Être dans une réalité commandée et dans l'illusion de cette réalité.

 

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