LES TEMPETES REVOLUES D'UN GALET BIEN POLI

Ce quatrième recueil d'Yves Barnoles nous emporte vers de nouveaux rivages poétiques....

 

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la Collection le Parc

 

Yves Barnole, au fil des recueils, laboure son champ poétique, entretient son verger lyrique et cultive des fleurs et des fruits de tendresse et d’humanité qu’il distribue généreusement à ses amis lecteurs. Ce sont des produits bio, garantis sans chimie, ni engrais nocifs, qui ne peuvent que développer la santé et donner belle forme au sourire des amis.

Yves est plus qu’un poète qui cisèle les mots et peaufine ses rimes, c’est un philosophe, que l’expérience humaine a rendu sage. Si parfois son chant est douloureux, et cruel comme la vie, le sourire n’est jamais loin, et le charme est constant.

Son humilité de galet bien poli  « chauffé par le soleil marin », déposé par le sort, ou le hasard, dans « le fond du ruisseau »,  nous réchauffe le cœur et nous console. Grands ou petits, en haut ou en bas de la roue de fortune, les humains n’en mènent pas large, et ne durent  pas longtemps, mais ils peuvent chanter leurs peines et leur joies, et cela réenchante le monde. C’est la leçon du barde, qui nous laisse ici son message dans les belles modulations de sa voix poétique…

 


Avant-propos

 

 

                Il est des vies illustres, des existences plus ou moins exemplaires, dans la vertu ou dans le crime, menées sous les lumières des médias, dont tout un chacun connaît ou pense connaître les détours et les rebondissements.

                Mais il n’en va pas ainsi pour la grande majorité des mortels.

                Pour la plupart d’entre nous, notre vécu quotidien semble aux yeux des autres n’avoir ni méandre impressionnant, ni cascade écumeuse, mais au contraire se dérouler dans une égalité d’âme qui confine à l’immobilité apparente des grands fleuves ou des sphères célestes.

                Cependant, sous l’apparente impassibilité du galet chauffé par le soleil marin  ou  déposé au fond du ruisseau, un tumulte de courants d’émotions et de pensées, un torrent de sentiments s’agite en tout être, dans un voyage qui pour n’être qu’intérieur, a bien un repère chronologique A, de départ, et un repère chronologique B, d’arrivée.

La gentillesse et la politesse dont nous faisons preuve durant ce laps de temps envers nos contemporains se nourrissent en fait de la force nécessaire à une acceptation sans aigreur de ce que nous sommes, avec nos limites, nos défauts et nos qualités, et les insuffisances que nous combattons en nous-même et tolérons avec bienveillance chez autrui.

                Je me propose ici de vous tendre un miroir dans lequel vous devriez retrouver la luminosité de votre sourire et la beauté de vos propres traits.

                                                                                                                                                                                                    Montgeron, le 13-I-19

 

 


AUBADE A TOUTES LES AURORES

 


Quand les vents vous sont contraires…

Au début, le galet ne demande rien à personne. Sa tranquillité minérale n’a d’égale que son indifférence. A moins, bien sûr, qu’il ne faille observer, dans les réactions chimiques qui produisent l’ovulation, puis la production du sperme, les prémices d’un désir de vivre émané de ce qui deviendra, une éternité plus tard, un « je », femelle ou mâle.

Cette interprétation me semblerait aller un peu loin, mais quand cessent les lois de la chimie ? Il n’existe aucun exemple qu’un être humain, sur ce plan précis, soit parvenu à oncques moment, jusques après son décès, à s’en affranchir.

Ainsi commence donc l’odyssée sous-marine de chaque galet. Ulysse voulait rentrer chez lui, le bébé n’a jamais eu l’intention de se mettre à penser, à désirer, à aimer. Et puis le hasard, ou le caprice d’un Dieu courroucé…

    


Premières fois

 

 

 

 

C’est ce cri surpris indigné

Que pousse l’enfant en naissant

C’est la découverte des fées

Dans les contes que l’on entend

L’ivresse du premier baiser

Les timidités les élans

 

Dénudés de l’ancien mystère

Qui les faisait danser dans l’air

Portés par le son de la voix

Les mots que l’on apprend à lire

Deviennent des amis de choix

Quand on parvient à les écrire

 

C’est aussi le premier chagrin

Le postérieur qui est trop lourd

Quand l’équilibre est incertain

Les récréations dans la cour

La honte devant les copains

Le premier acte de bravoure

 

C’est tout cela que l’on emmène

Tout cela et bien plus encore

Les fois suivantes les prochaines

Ce qu’on hait et ce qu’on adore

Les rêveries inabouties

Et les volontés accomplies

 

Le temps nous use c’est certain

Le temps nous alourdit c’est sûr

Pourtant tous ces apprentissages

Peu à peu nous font plus sereins

Au fil de la grande aventure

Qu’est notre fugitif voyage.

 

 

 à suivre....

 

 

 

 

 

LES TEMPETES REVOLUES D'UN GALET BIEN POLI

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la Collection le Parc

 

 

Dans ce troisième ouvrage publié dans la Collection le Parc, Yves Barnole nous propose des proses ….et des prosits. Le titre exprime bien le caractère particulier d’un ouvrage qui présente non seulement des récits, mais également quelques vers à partager,  avec une saveur mélancolique. L’amour est triste comme le vin, quand il est bu jusqu’à sa lie d’amertume. La jeunesse passe et la vie est cruelle. Mais la grâce  du style et la lueur d’espoir finale rachètent la tristesse du tableau. L’auteur ne nous laisse pas oublier qu’il est peintre, il  nous fait voir les personnages en action, autant qu’en intentions, en velléités serait mieux dire. D’histoire en histoire, une vision du monde, sensible et délicate, s’offre au lecteur et dit l’essentiel d’un parcours de vie, douloureux , mais non désespéré, pour des personnages attachants, qui au fond des choses (et des bouteilles)  parlent à notre cœur d’une histoire qui nous touche de près. La nôtre. Celle des hommes et des femmes d’aujourd’hui aux prises avec l’humaine et difficile condition…

 

 

 

 

Avant-propos de l'auteur

 

            Il semble que certains d’entre nous, soit comble de malchance, soit témérité aveugle, soit imbécillité particulièrement prononcée, aient le don de se fourrer dans des situations impossibles. Et je ne dis pas ça pour me vanter.

            Dans la première de ces courtes histoires, vous rencontrerez une dame âgée qui, pour être au crépuscule de sa vie, ne m’est pas moins sympathique pour autant. Puisse-t-elle vous séduire aussi.

            Le second texte, ainsi que le quatrième d’ailleurs, consistent en un mélange de prose et de poèmes, des « monstres » littéraires hybrides qui pourtant, puisqu’ils sont dotés comme tout le monde d’un début et d’une fin, n’en constituent pas moins une entité reconnaissable. Je les ai appelées « récits en poèmes », bien que l’ensemble des deux textes participent à la fois de la narration, de l’analyse, et de la poésie.

            Les deux derniers écrits justifient enfin l’illustration de couverture que j’ai choisie.

           

                                                                                              10/03/19

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

     COMMENT PROSPERENT LES DAHLIAS

 

 

Nouvelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

               Madame veuve Bourgeron, après avoir soigneusement verrouillé la porte d'entrée, descendait l'escalier entouré de son jardin en ébullition. Le retour des beaux jours, chaque année, et chaque année de plus en plus, grâce aux bons soins de madame Bourgeron, semblait mettre les parterres en émeute. Les dahlias, cette fois-ci encore, paraissaient bien partis. Cette prolifération assistée réjouissait les yeux d'Emilie Bourgeron, tout en l'inquiétant un peu.

               En effet, celle-ci n'avait pas vu sans un léger pincement au cœur s'amenuiser peu à peu la belle variété de son domaine. D'autant plus que certaines plantes, qui auraient nécessité une attention extrêmement soutenue, pourtant tout aussi attachantes, avaient dépéri lentement. Mais son corps engainé d'imprécision ne lui permettait plus de faire respecter la même discipline que par le passé. C'est tout juste s'il lui restait la force de faire respecter les allées. Et de choyer ses dahlias, bien sûr. Elle arrêta son regard, le temps d'une caresse fugitive, à peine plus appuyée, sur le rosier, puis sur la majesté du tilleul.

                La porte de la grille n'était pas fermée à  clef. Quand Emilie était à la maison, elle ne verrouillait que celle du perron. Elle sortit sur le trottoir, chercha précautionneusement dans le trousseau, après avoir tiré derrière elle la poignée décorée, et fit, lentement, jouer la serrure.

                Une moto passa dans la rue, derrière elle, avec un vacarme à faire sauter les cheminées du toit. Elle allait beaucoup trop vite. « Le président devrait être plus ferme, » songea fugitivement Emilie, sans se retourner.

               La banlieue avait été calme, quand Léon et elle avaient fait bâtir le pavillon. C'était peut-être un signe des temps, mais pas de bon augure, voilà, trotta-t-elle menue vers la place du marché.

 

 

 

 

 

               Le temps, ce jour-là, était à ramage de vent frais et léger sur fond de soleil, avec néanmoins quelques nuages pendus au fil des heures. De saison, quoi. Monsieur Troche avait pris son lundi pour repeindre sa grille. Elle ne serait pas mal non plus, en vert foncé. Lorsqu'Emilie passa à sa hauteur, sur le trottoir d'en face, il la héla à travers la rue, avec un vaste sourire : « Alors, madame Bourgeron, on va encore faire perdre la tête à quelques jeunes gens ?

― Eh, ma foi, monsieur Troche, il faut bien que les messieurs de votre âge se décident à laisser la place aux jeunes ! » Emilie s'arrêta, prit une mine de conspiratrice que démentait la distance qui la séparait de son interlocuteur :

― Faut dire, cria-t-elle encore, que j'préfère la soupe bien chaude... 

               Monsieur Troche s'esclaffa tandis qu'Emilie, souriante, se remettait à butiner son chemin.

 

 (à suivre)

 

PROSE ET PROSIT ... Un nouveau recueil D'YVES BARNOLE

Avant-propos

 

                Ce petit recueil faisant suite aux Poèmes Nus, il s’est tout d’abord nommé « poèmes rhabillés ».

                Mais en fait, qu’il emploie le ton de l’ironie, de la colère ou de la tendresse, le brave bonhomme qui prend la peine de coucher sur le papier ce que son regard entrevoit du monde, quoi qu’il fasse, se met toujours à poil (et à plume)  : on devine sans peine derrière les pirouettes des mots l’ombre de leur marionnettiste.

                J’ai donc préféré, dans le titre, tourner l’œil du lecteur vers cette petite tête enfiévrée qui ne parvient à voir du vaste univers que ce qui ne se cache pas à son regard imparfait.

 

                                                                                                                                                                             Montgeron, le 24/10/17

Extraits:

 

 

Au point du jour

 

 

Les gens enfin dorment en paix

Tandis que le vent adouci

Soulève des lambeaux de nuit

Les gonfle un peu les fait rouler

Le long des maisons et des haies

 

Dans les maisons rassérénées

Les soucieux n’ont plus de soucis

Les hargneux n’ont plus d’ennemis

Les obérés n’ont plus de dettes

La nuit se blottit et s’arrête

 

Et le vent se tait comme un chat

Qui aurait trouvé un endroit

Tout chaud tout doux pour se lover

Se toiletter et ronronner

Un gros chat puissant mais gavé

 

Tout semble ici rester tranquille

Un rêve va par-ci par là

Frôler d’une main amicale

Un front qui se calme déjà

Et la douleur devient docile

Dans la paix grise et générale

 

Et le jour qui hésite encore

Timide au bord de l’horizon

Glisse un soupçon de rose ou d’or

Sur un nuage ou un buisson

 

Il est pourtant sur la planète

Des gens aveuglés par le fric

Un altruisme narcissique

Leur font goûter les éperons

De ce cavalier malhonnête

Qui porte le nom d’ambition

 

Pour un non ou pour un oui-da

Pour un  pétrodollar de plus

Un peu de pouvoir délétère

Il faut savoir que ces gens-là

Sans l’ombre d’une hésitation

Assassineraient Terre et Mer.

 

                                                                                                                  

 

 

 

 

 

Trop tard

 

Un cran d’arrêt arme d’escarpe

S’est enfoncé en moi

Soudain

C’était printemps dans tous les arbres

Montait

La sève

Vibrante et chaude

 

En moi la sève

N’a fait qu’un tour tour de cochon

Pour mieux punir

Car je ne suis qu’un marcassin dans le vieux corps

D’un solitaire embarrassé

D’une érection

Qui ne servira plus jamais trop con trop laid

Trop vieux surtout

 

Vois

Les nanas dans leur printemps

Se rient du machin en hiver

La vie phénix fuit les corbeaux

Corbeaux trop blancs

Je le savais quand je disais

Que je ne chanterais jamais

Croasserais jamais

Chanterai

Plus

Jamais.

 

 

 

                Le croissant

 

 

C’est pourtant bien une habitude

Ce petit mot tous les matins

D’accord ça réchauffe et ça fait du bien

L’amour y prend sa plénitude

 

Tandis que tu dors blottie place

Souham que je suis à Vigneux

On abolit le temps l’espace

Pour rester un peu tous les deux

 

Mais quand je n’ai rien à te dire

Que les mots doux m’ont déserté

Comme en ce moment j’en transpire

Je sais pas quoi te raconter

 

Tu sais ce serait moins frustrant

Bien qu’un peu de la lâcheté

De me contenter simplement

De sortir et de t’acheter

 

              Un croissant.

             ....................................................

 

Premier recueil paru :

 

CERVELLE D'OISEAUX : un nouveau livre de poésie d'Yves BARNOLE

Avant-propos

 

 

La vie d’un être humain, c’est une trajectoire qui part de sa naissance et s’achève par son décès.

                On peut le déplorer, considérer ce fait comme une injustice, une cruauté gratuite, ou bien au contraire l’accepter comme allant de soi et penser que la mort est un des éléments naturels de la vie, comme respirer et se nourrir, on n’y peut rien.

                Quel que soit le point de vue adopté par l’être vivant, le fait qu’il existe une limite à la durée de son existence reste un des rares éléments de sa vie qui échappe à son pouvoir. Car entre- temps, il y a toute la liberté, toute l’ivresse d’exister.

 

                J’ai opté en titre pour ce trait d’humour car je crois qu’il est plus sain de tenter de rire de ses impuissances que de les contempler avec une délectation morbide. En outre, la vie me semble exaltante et riche, tant en peines qu’en joies, et il me paraît indéniable que la liberté et la volonté de chacun y tiennent une place presque aussi importante que le hasard.

                Oui, pour moi, le sac de sable vole, vole éperdument jusqu’à la seconde de l’impact au sol. C’est tellement beau et sensuel d’avoir un corps, de la pluie ou du soleil pour le caresser, d’avoir un esprit pour s’en rendre compte, que toute autre comparaison me semblerait réductrice. C’est un royaume immense que celui d’être en vie, et chacun en est le seul souverain.

                Et ce serait trop triste de n’être qu’un tas de sable cloué au sol, à jamais inerte.

 

                                                                              Y. B., le 26 août 2018

 

 

QUELQUES TEXTES :

 

Coup de blues

 

 

 

                               L’automne arrive avec septembre,

                               L’été pourtant est toujours là.

                               Il fait plus frais dans notre chambre,

                               J’ai vu tomber trois feuilles mortes

                               Et j’ai pensé à tes lilas,

                               Aux joies qui leur faisaient escorte.

 

                               L’avenir a bien du mérite…

Un train arrive, un autre part,

                               Mais les miens ne font que partir

                               Malgré tout l’amour qui m’agite.

La main tendue devant la gare,

                               Un mendiant tentait de sourire.

                                                                                                                                                                                                     

 

 

Le premier examen

 

Mais quel est ce tumulte autour d’une interro ?

On va l’interroger.

C’est comme en classe

« Prenez une feuille blanche, inscrivez la date »

Ou bien « Passez au tableau »

Ça finit toujours par une question.

Tu réponds ce que l’on t’a appris

Et tu reçois une note.

Les parents sont affolés les profs sont fébriles

Alors le minot se demande

« Qu’est-ce que j’ai oublié ? »

« Il y a un piège quelque part. »

« Ce que l’on m’a appris, est-ce bien la réponse ? »

Le voilà projeté dans l’univers de l’examen.

Soudain le carré de l’hypoténuse du triangle rectangle

Au lieu d’être comme d’ordinaire

La somme des carrés des deux autres côtés

Devient un triangle des Bermudes

Dans lequel se fourvoient A plus B au carré

Flanqués de A au carré plus B au carré

Tous ces carrés dans un triangle

Et les deux abbés

En perdent leur latin.

Puis c’est la première question

Et tout rentre dans l’ordre.

Le tableau noir est à sa place,

Les tables des élèves tournées vers lui

Aussi solides que d’habitude,

Et l’élève est le même

Que les jours précédents avec le même désir

De retourner dehors

Pour jouer à autre chose.                                                                          

 

 

 

Un dimanche en mai

 

 

Le temps s’englue contre ma peau

Lent serpent vénéneux

Insidieux incisif

Y creusant des sillons de détresse

 

Le ciel est las ouaté gris-bleu

Fustigé d’éclats de blanc

Il est boudeur au bord des larmes

Et la cité s’ennuie

Malgré les cris d’enfants

 

Même le vent s’enroule en vain

Il se déchire sur les arbres

Vers quels horizons partir

Quand l’avenir est déjà là inscrit

Dans la douleur des articulations

Dans la lourde constriction

D’une vie qui m’étouffe

Et lentement paresseusement

Me digère en prenant son temps.

 

 

 

 

 

                                                                                                                             

 

 

Berceuse

 

Un enfant rêve dans mon lit

Son cheval est un alezan

Flèche tendue vers l’infini

Je sais qu’il veut devenir grand

 

Un trois-mâts gîte sous le vent

De fiers marins prennent des ris

Et le plus fier c’est cet enfant

Papa sait quand il a menti

 

Le seau rouge à moitié rempli

Où trois têtards s’en vont nageant

La boue a bien séché depuis

Faut pas salir ses vêtements

 

De l’école il vient lentement

Il a encore été puni

Ça fera crier ses parents

Être enfant c’est bien du souci

 

Le temps se replie sur le temps

Un enfant rêvait dans mon lit

Le jour est levé maintenant

Parfois cet enfant je l’envie.

 

                                                              

 

Extrait du journal intime

D’un homme du futur

 

                Suis-je mon cerveau, ou ma machinerie ?

                Je suis né(e) dans un corps de chair, il y a de cela quelques siècles. Il ressort des études historiques que j’ai faites pendant mes loisirs qu’à cette époque, nous étions sexué(e)s, quoi que cela veuille dire.

Comme tous les êtres humains, à présent seul mon cerveau est encore organique. Outre le fréon et les résistances chauffantes pour le maintien d’une température d’environ 37° (pourquoi ?), il a besoin d’oxygène, fabriqué automatiquement par hydrolyse de l’eau ambiante, et de nutriments eux aussi synthétisés par la partie alimentation de mon corps, qui génère tous les éléments nécessaires à ma vie, dont l’électricité est la principale composante.

Nous n’étions pas non plus équipés de chenilles.

En effet, j’ai découvert avec stupéfaction que nous avions alors des « membres » ou des « jambes », je n’ai pas bien saisi la différence entre ces deux termes, s’il en existe une.

En revanche, je crois avoir compris que le mot « bras » désignait alors nos organes de préhension, de reconnaissance tactile et de manipulation, mais je ne sais pas s’il s’agissait d’un genre de pinces équipées de thermo-sondeurs, de palpes ou de ventouses.

En tout état de cause, les spécialistes devraient pouvoir m’éclairer sur ce sujet, je viens de diriger une unité de perception vers cette question.

 

 

                              

 

L'envol extatique du sac de lest : recueil d' YVES BARNOLE

Avant-propos

 

 

La vie d’un être humain, c’est une trajectoire qui part de sa naissance et s’achève par son décès.

                On peut le déplorer, considérer ce fait comme une injustice, une cruauté gratuite, ou bien au contraire l’accepter comme allant de soi et penser que la mort est un des éléments naturels de la vie, comme respirer et se nourrir, on n’y peut rien.

                Quel que soit le point de vue adopté par l’être vivant, le fait qu’il existe une limite à la durée de son existence reste un des rares éléments de sa vie qui échappe à son pouvoir. Car entre- temps, il y a toute la liberté, toute l’ivresse d’exister.

 

                J’ai opté en titre pour ce trait d’humour car je crois qu’il est plus sain de tenter de rire de ses impuissances que de les contempler avec une délectation morbide. En outre, la vie me semble exaltante et riche, tant en peines qu’en joies, et il me paraît indéniable que la liberté et la volonté de chacun y tiennent une place presque aussi importante que le hasard.

                Oui, pour moi, le sac de sable vole, vole éperdument jusqu’à la seconde de l’impact au sol. C’est tellement beau et sensuel d’avoir un corps, de la pluie ou du soleil pour le caresser, d’avoir un esprit pour s’en rendre compte, que toute autre comparaison me semblerait réductrice. C’est un royaume immense que celui d’être en vie, et chacun en est le seul souverain.

                Et ce serait trop triste de n’être qu’un tas de sable cloué au sol, à jamais inerte.

 

                                                                              Y. B., le 26 août 2018

 

 

QUELQUES TEXTES :

 

Coup de blues

 

 

 

                               L’automne arrive avec septembre,

                               L’été pourtant est toujours là.

                               Il fait plus frais dans notre chambre,

                               J’ai vu tomber trois feuilles mortes

                               Et j’ai pensé à tes lilas,

                               Aux joies qui leur faisaient escorte.

 

                               L’avenir a bien du mérite…

Un train arrive, un autre part,

                               Mais les miens ne font que partir

                               Malgré tout l’amour qui m’agite.

La main tendue devant la gare,

                               Un mendiant tentait de sourire.

                                                                                                                                                                                                     

 

 

Le premier examen

 

Mais quel est ce tumulte autour d’une interro ?

On va l’interroger.

C’est comme en classe

« Prenez une feuille blanche, inscrivez la date »

Ou bien « Passez au tableau »

Ça finit toujours par une question.

Tu réponds ce que l’on t’a appris

Et tu reçois une note.

Les parents sont affolés les profs sont fébriles

Alors le minot se demande

« Qu’est-ce que j’ai oublié ? »

« Il y a un piège quelque part. »

« Ce que l’on m’a appris, est-ce bien la réponse ? »

Le voilà projeté dans l’univers de l’examen.

Soudain le carré de l’hypoténuse du triangle rectangle

Au lieu d’être comme d’ordinaire

La somme des carrés des deux autres côtés

Devient un triangle des Bermudes

Dans lequel se fourvoient A plus B au carré

Flanqués de A au carré plus B au carré

Tous ces carrés dans un triangle

Et les deux abbés

En perdent leur latin.

Puis c’est la première question

Et tout rentre dans l’ordre.

Le tableau noir est à sa place,

Les tables des élèves tournées vers lui

Aussi solides que d’habitude,

Et l’élève est le même

Que les jours précédents avec le même désir

De retourner dehors

Pour jouer à autre chose.                                                                          

 

 

 

Un dimanche en mai

 

 

Le temps s’englue contre ma peau

Lent serpent vénéneux

Insidieux incisif

Y creusant des sillons de détresse

 

Le ciel est las ouaté gris-bleu

Fustigé d’éclats de blanc

Il est boudeur au bord des larmes

Et la cité s’ennuie

Malgré les cris d’enfants

 

Même le vent s’enroule en vain

Il se déchire sur les arbres

Vers quels horizons partir

Quand l’avenir est déjà là inscrit

Dans la douleur des articulations

Dans la lourde constriction

D’une vie qui m’étouffe

Et lentement paresseusement

Me digère en prenant son temps.

 

 

 

 

 

                                                                                                                             

 

 

Berceuse

 

Un enfant rêve dans mon lit

Son cheval est un alezan

Flèche tendue vers l’infini

Je sais qu’il veut devenir grand

 

Un trois-mâts gîte sous le vent

De fiers marins prennent des ris

Et le plus fier c’est cet enfant

Papa sait quand il a menti

 

Le seau rouge à moitié rempli

Où trois têtards s’en vont nageant

La boue a bien séché depuis

Faut pas salir ses vêtements

 

De l’école il vient lentement

Il a encore été puni

Ça fera crier ses parents

Être enfant c’est bien du souci

 

Le temps se replie sur le temps

Un enfant rêvait dans mon lit

Le jour est levé maintenant

Parfois cet enfant je l’envie.

 

                                                              

 

Extrait du journal intime

D’un homme du futur

 

                Suis-je mon cerveau, ou ma machinerie ?

                Je suis né(e) dans un corps de chair, il y a de cela quelques siècles. Il ressort des études historiques que j’ai faites pendant mes loisirs qu’à cette époque, nous étions sexué(e)s, quoi que cela veuille dire.

Comme tous les êtres humains, à présent seul mon cerveau est encore organique. Outre le fréon et les résistances chauffantes pour le maintien d’une température d’environ 37° (pourquoi ?), il a besoin d’oxygène, fabriqué automatiquement par hydrolyse de l’eau ambiante, et de nutriments eux aussi synthétisés par la partie alimentation de mon corps, qui génère tous les éléments nécessaires à ma vie, dont l’électricité est la principale composante.

Nous n’étions pas non plus équipés de chenilles.

En effet, j’ai découvert avec stupéfaction que nous avions alors des « membres » ou des « jambes », je n’ai pas bien saisi la différence entre ces deux termes, s’il en existe une.

En revanche, je crois avoir compris que le mot « bras » désignait alors nos organes de préhension, de reconnaissance tactile et de manipulation, mais je ne sais pas s’il s’agissait d’un genre de pinces équipées de thermo-sondeurs, de palpes ou de ventouses.

En tout état de cause, les spécialistes devraient pouvoir m’éclairer sur ce sujet, je viens de diriger une unité de perception vers cette question.