ENTRE CIEL ET CIEUX Poèmes Livre bilingue russe et français

Lessya Tyshkovskaya est née à Kiev, où elle a fait des études de lettres à l’Université Taras Chevtchenko et a soutenu une thèse sur la poésie de Marina Tsvetaeva. Elle est membre de l’Union des écrivains d’Ukraine. Auteur de trois CD, de sept recueils de poésie et de nombreuses publications en revue. Chanteuse, elle interprète souvent ses propres textes en s’accompagnant à la guitare et au piano. Actrice, elle a créé plusieurs spectacles en solo, en Ukraine et en France. 

 .Леся Тышковская родилась в Киеве, закончила филологический факультет киевского универ-ситета имени Тараса Шевченко и защитила диссертацию «Мифопоэтика Марины Цветаевой». Член Союза Писателей Украины.  Автор трех музыкальных альбомов, семи поэтических сборников и многочисленных публикаций. Создатель моноспектаклей в Украине и во Франции.

Photo de Jean Marie Barrier  

Illustrations de couverture et du livre Paul Kichilov

 

 

Avant propos

     Musicienne et poète, actrice, danseuse, artiste vagabonde, funambule en équilibre entre les mondes, Lessya n’est pas d’ici, ni d’ailleurs. Elle oscille, non entre terre et ciel, mais à l’image de l’ange, dans l’un de ses poème, « entre ciel et cieux, sans jamais s’appuyer sur l’éther. »

   Sa langue également trace une voie d’équilibre entre deux univers, la France, d’une part, figure de l’occident, et de l’autre, l’orient slave de ses origines. Elle fait danser ses mots sur le fil délicat et tendu des deux langues, aussi à l’aise en l’une qu’en l’autre, se traduisant souvent elle-même en cherchant plutôt la sonorité que l'exactitude (dans "Tango incorrect" ou "Bossa Nova enneigée"). Elle écrit, parfois, directement dans un français poétique et chantant. Elle aime aussi donner parole à ses amis traducteurs qui tendent pour elle le filet des mots accompagnant ses créations…

   Lessya exprime son talent d’écriture dans les formes les plus diverses : légères, aériennes, libres comme l’air et l’eau, ou plus classiques, lyrique, et même déclamatoires. Elle parle de l’âme et de l’intime de la vie, de son art, de ses proches, et des lointains, rien ne nous est étranger dans l’étrangeté de vivre qu’elle évoque pour nous, dans ces battement d’Elle, qui rythme ses vers….

   Qu’elle soit remerciée du beau partage qu’elle nous offre ici et de ce pont qu’elle construit pour y faire danser les mots d’une culture à l’autre, d’un langage à l’autre.

            Martial Maynadier, directeur de la Collection Le Parc

 

 

    

En errant sur la terre inconnue,

elle demeure.

L’hiver approche.

Elle regarde ses pieds nus

sans reproche

qui touchent ce monde profane

comme un clavier.

Ressembler aux humains par la musique —

est-ce la fin du chemin ?

La neige n’est pas évidente

dans ce pays de jeunesse

où entre naissance et mort

il n’y a pas de vieillesse.

Mais entre mort et naissance

il n’y a pas de pays.

Elle s’incarne,

en laissant son passé aux nuages

avares qui retiennent la neige

sans partage.

Des années qu’elle attend un signe

qui la rende plus humaine

ou mortelle,

mon âme.

 

БАБОЧКА  НА  БАОБАБЕ

 

                 

         PAPILLON  SUR  LE  BAOBAB

 

 

 

Еще холодно вечерами

и пьяные слова валяются на дороге.

Еще под фонарем

не собираются бабочки

и автобусы капризничают,

как дети.

Еще хочется уснуть,

когда это единственная возможность

не высказать себя,

отняв у вечности

минутку.

 

 

Les soirées sont encore fraîches

et des mots ivres jonchent la route.

Sous les lampadaires,

les papillons ne se rassemblent pas,

les autobus font des caprices,

comme des enfants

et  s'endormir

est le seul moyen

de ne pas se prononcer,

en confisquant à l'éternité

une minute.

.        

                                      

Traduit par Christine Zeytounian-Beloüs

 

Дерево —

моя мечта

о красивой прическе —

все твои мысли

скрыты от посторонних.

И только зимой,

когда выпадают

                    листья

                          седые

и обнажается

старость,

ты беззащитнo,

как книга —

всякий тебя читает.

 

Arbre,

mon rêve incarné:

d’une belle coiffure

qui protège tes pensées

des regards d’autrui.

En hiver seulement,

lorsque tombent

                    tes feuilles

                                  chenues,

mettant à nu

ta vieillesse,

tu es désarmé

comme un livre :

n’importe qui  te lit.

 

                                            

Traduit par Christine Zeytounian-Beloüs