CHRISTIAN BASTARD DE CRINAY ....LE DEFI

 

L’AUTEUR

 

 

Christian Bastard de Crisnay, né en 1947, a déjà publié plusieurs livres, dont Petits et grands secrets d’un notaire (Archipel, 2012), Petits et grands secrets du marché de l’art (Thaddée, 2015) et Le Défi du bon sens.

Fort de sa triple expérience de notaire, d’avocat et de professeur de Faculté, il déclare ici une véritable guerre à toutes les doctrines politiques qui ont conduit notre société à sa situation actuelle.

En citoyen éclairé, il suggère des solutions très concrètes et délivre ainsi un message d’espoir fondé sur la sagesse et surtout le bon sens.

 
 
 
 

PRÉAMBULE

 

 

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire

 

Henri Bergson

 

 

L’odyssée du futur a toujours été pour moi une priorité.

Nos gouvernants ont malheureusement oublié que gouverner, c’est prévoir et anticiper.

Très peu d’experts, pour ainsi dire, ont anticipé les crises économiques et financières successives que nous avons traversées depuis 20 ans et traversons encore, et qui perturbent durablement notre vie économique.

Ils n’ont pas compris ou voulu comprendre la crise que traverse la démocratie, minée par la déstabilisation des classes moyennes et la passion pour l’égalité qui nourrissent le populisme, et le désordre d’un monde dominé par le renouveau du nationalisme et du fanatisme religieux.

Il est vrai que notre démocratie est malade du popu- lisme, au point d’accorder une très grande place à l’accessoire en rejetant l’essentiel. Et que nous avons tendance à élire nos parlementaires sur leur apparence et non sur leur compétence.

Malheureusement, il n’est pas nécessaire d’être intelligent pour être convaincant.

Il est quand même très surprenant qu’il ait fallu attendre 2017 pour que soit créé un ministère en charge du numérique et de l’intelligence artificielle, sachant que cette intelligence va dans les années à venir pulvériser l’organisation du monde du travail.

Internet révolutionne notre monde, à se demander si dans un avenir très, très proche, il ne deviendra par le fossoyeur du capitalisme.

Le meilleur moyen de se prémunir contre l’avenir, c’est de le créer, et pourquoi pas même, d’avoir pour objectif de le sublimer.

Si nous ne contrôlons ni ne réglementons les effets pervers d’Internet, nous connaîtrons une crise mondiale comme jamais nous n’en avons connu.

Un 1789 mondial !

Car Internet n’est pas une étape de plus de la révolution industrielle, mais une économie de nature nouvelle qui doit être très sérieusement contrôlée et gérée.

Car Internet a réussi ce dont Napoléon et Bismarck rêvaient: abolir toutes les frontières, faire de nous des citoyens du monde… Mais il a également provoqué la troisième révolution industrielle et est en train d’abolir toutes nos conceptions du commerce.

 Nos nouveaux modes de vie en commun nous contraignent, par ailleurs, à repenser la philosophie, le travail,

le sens de nos vies, la notion du bonheur, la fécondité et la religion.

 Nous sommes devant un défi : créer un nouveau monde et édifier un nouveau capitalisme adapté aux souhaits de nos enfants, qui préfèrent le mieux-être à l’avoir plus.

La propriété et la possession ne sont plus le nerf de la guerre pour la génération qui vient.

Dans notre société d’abondance, le capital économique et financier laisse le pas au capital social.

Quand j’avais 18 ans, mon premier désir était de m’acheter une voiture. Aujourd’hui, ce n’est plus le premier désir de nos descendants.

Ce n’est pas parce qu’à la chute du mur de Berlin, le capitalisme a enterré définitivement le communisme que le capitalisme ne doit pas être regardé comme un borgne au royaume des aveugles.

Et si nous n’acceptons pas d’en faire la critique et une juste analyse, ce dernier devra être hospitalisé dans un service de soins palliatifs.

Le capitalisme est inéluctablement créateur d’inégalités. S’il nous appartient de réduire régulièrement ces inégalités, l’égalité totale est un leurre car elle ruinerait les bases d’émulation et de la concurrence qui constituent le facteur essentiel de tout progrès.

 Et n’oublions pas que l’argent, malheureusement, finit toujours par l’emporter.

Il est donc un peu utopique de penser que l’homme capitaliste devienne un grand humaniste Mais confronté à la réaction populaire, il est obligé de s’adapter.

Ne pensez-vous pas que le « mouvement des Indignés», il y a déjà maintenant près de huit ans, était annonciateur d’un mal-être mondial dont la source se trouve dans certaines règles inadaptées de notre régime capitaliste ?

Les Gilets Jaunes se sont identifiés aux Indignés et, dans chaque pays, des mouvements se font les prémices d’une révolution.

Quelle est la raison de ce mal-être ?

Ce livre a pour objet de tenter de l’expliquer, de pro- poser des solutions pragmatiques et de vous convaincre de ne pas avoir peur pour l’avenir de nos enfants.

Le seul remède à nos maux est la liberté.

Je pense que nous sommes trop englués dans le pessimisme. Le monde dépend de notre coopération et de nos actes.

En conséquence, n’attendez pas de l’auteur que je suis un essai littéraire mais plutôt un procès-verbal de constat.

Si vous vous dites pessimiste, c’est que vous ne croyez pas en votre capacité à faire avancer le monde pour le meilleur ou n’en êtes pas persuadés.

Il n’y a pas de honte à être optimiste, il faut juste y croire.

 

 

Première  PARTIE

 

NOTRE SOCIÉTÉ EST MALADE

 


  1. UN CONSTAT SIMPLE : NOTRE SOCIÉTÉ SOUFFRE

 

« Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère. »

Winston Churchill

 

 

Sans entrer dans la complexité du discours des grands professeurs d’économie, le capitalisme se définit fonda- mentalement comme l’association de l’initiative privée  à la recherche du profit et de l’usage de techniques d’échange reposant sur la confiance mutuelle et le crédit ; le tout arbitré par les règles de la concurrence.

Ajoutons à cette définition les points suivants, indis- pensables à sa pleine compréhension :

–   Le capitalisme est fondé sur la propriété privée des moyens de production.

–   Il repose sur la division du travail.

–   En tant que système économique et social de production, il est régulé par le marché.


–   Il repose sur la recherche du profit et se caractérise par le rapport salarial.

–   Enfin, l’économie capitaliste est fondée sur la géné- ralisation de comportements rationnels d’un point de vue économique.

En conséquence, l’entreprise est l’institution cardinale du capitalisme, dans la mesure où elle associe la propriété privée, la division du travail, l’initiative individuelle et la séparation du travail et du capital à la recherche du profit par des stratégies rationnelles. Le capitalisme doit donc, en quelque sorte, être une économie d’entreprise.

 Aujourd’hui, le productivisme en a très sérieusement modifié les règles : la propriété est de plus en plus dissociée de la gestion et 50 % de toutes les petites et moyennes entreprises mondiales ont été absorbées par 240 multinationales. Lesquelles, respectant entre elles de nombreuses règles d’entente, ont monopolisé l’ensemble du commerce mondial de sorte qu’il n’existe plus aucune concurrence réelle  ni de notion d’échange.

Au point que toutes les classes moyennes du monde entier, constituées de petits entrepreneurs, ont été renvoyées au rang des prolétaires.

Depuis 1960, nos performances  économiques  ont  été gérées en bloquant les salaires au lieu de chercher à réduire nos coûts sur le produit lui-même.

 

Aujourd’hui, d’une certaine façon, un industriel n’intègre pas dans son prix de revient le réel coût qu’il devrait acquitter à son collaborateur.

En 1960, le salaire minimum permettait de se loger, de partir en vacances, d’avoir une voiture et de vivre correctement.

À présent, malgré les indexations du salaire minimum, ce dernier ne permet pas de vivre – à tel point que, de nos jours, des personnes disposant d’un travail peuvent être des SDF.

Le mouvement des Indignés et des Gilets Jaunes, des Bonnets Rouges et des Verts, etc., ne trouve sa cause que dans cette carence.

Si, dans les deux ans à venir, nous n’arrivons pas à organiser un ordre mondial qui assure un salaire minimum décent, nous connaîtrons une véritable révolution.

 

S’il est vrai que de parler d’un « ordre mondial » du travail et des salaires est utopique pour beaucoup, il n’en est pas moins vrai que cela devient possible aujourd’hui pour la simple raison que les grosses multinationales vont se trouver démunies de clients.

C’est un peu comme au poker : si vous ne consentez pas de crédit au joueur que vous avez « plumé », vous vous retrouvez tout seul et vous ne récupérez jamais votre gain. Les grands groupes vont donc très rapidement comprendre cette nécessité d’un ordre mondial.

 

Il est également vrai que mes propos vont à l’encontre de la grande analyse menée par le groupe d’experts sur le salaire minimum de croissance. Tout en étant très respectueux de leur travail, je leur objecterai qu’ils n’ont qu’une analyse sectorielle de la situation de notre propre pays car ils ne se projettent jamais dans l’avenir.

(à suivre)