HANOU

Quelle que soit la multiplicité des chemins empruntés, nous avons tous ceci en commun : à un moment donné nous devons partir.

Le narrateur est ici confronté à une annonce,  comparable à un électrochoc,  il entreprend alors une remise en question de son approche de la vie. Qui est-il en définitive ? Et après ?

Cette fois-ci, les questions existentielles ne peuvent plus être associées à un état dépressif, elles ont la qualité d’une urgence absolue.

 

 

 

 

 

 

  ?¿

 

UNE VIE TERRESTRE

SAISON 1

FIN D’ÉPISODE

 

 

 

 

Avant-propos de Martial Maynadier,

Directeur de la Collection le Parc

 

 

« Livre original, hors norme » !

Souvent l’éditeur emploie ces expressions pour valoriser son auteur, mais, ici, elles sont à leur place. Et le paradoxe, tient dans la banalité du sujet, son extrême quotidienneté et généralité. Camus faisait dire à son personnage principal dans sa pièce Caligula : « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Point d’empereur dément dans ce court récit de Hanou, mais « rien qu’un homme bien ordinaire » pour citer cette fois le chanteur Robert Charlebois.

Tout se passe ici dans la tête d’un individu lambda qui dans un temps rapide doit prendre conscience de « l’humaine condition » qui est la sienne, comme elle est la nôtre ; ce qu’il vit nous pourrions le vivre, ce qu’il pense nous pourrions le penser.

Et le livre refermé, c’est notre réflexion qui continue et dialogue avec la sienne.

Un livre fort, qui laisse un effet de souffle derrière lui.

Un livre qui rappelle et « actualise » dans nos sociétés contemporaines le récit de Tolstoï « La mort d’Ivan Illitch »

Une œuvre inattendue et forte.

 

 

 

début de l'ouvrage

 

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Ignorance, tu es le plus grand mal de l’humanité, tapie dans l’ombre depuis l’origine tu es toujours prête à dégainer et à asséner tes vérités.

L’homme a besoin de se rassurer auprès de certitudes ; acceptez de vous dire « peut-être », acceptez de ne pas être le détenteur de l’unique vérité.

La vérité est multiple et le jour sous lequel vous la contemplez est éphémère.

 

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Voilà j’y suis, nous sommes le 21 janvier 2015, je me trouve dans une chambre de clinique dans le pavillon des soins palliatifs.

Je n’avais pas bien compris lorsque l’on m’avait dit que je ne pouvais pas rester dans le service de pneumologie de l’Hôpital de Saint Joseph Saint Luc, et que je devais être transféré ici… que ce serait mieux…

Maintenant, je dirais que les choses sont plus claires, plus d’hypocrisie, plus de fausse vérité, fini tout ce baratin.

Soins palliatifs ? Certains l’appellent l’antichambre de la mort c’est moins dur que le couloir…

Ici pas de tablettes vertes[1], ni de pilules bleues non plus, ce n’est pas le genre de la maison (ici, ils vous donnent un truc pour les rêves agités, le matin, c’est moins dur !), ils sont juste comptables des heures, des jours, parfois des mois… et puis c’est tout.

 

Ils « pallient » les Hôpitaux pour le côté statistique, ce ne serait pas bon pour l’image et puis l’Hôpital a vocation à guérir les gens, c’est pour cela que l’on y va.

Ok, cela ne marche pas à tous les coups ...

Ok, on n’est pas en fin du troisième millénaire où les projections de durée de vie seront bouleversées, l’argent, le pouvoir, ayant eu raison de l’éthique.

Époque future où depuis la naissance in vitro, ils garderont et cultiveront les cellules souches pour les spécialiser afin de vous changer un foie, un rein, des poumons…Que sais-je encore ?

Pour vous réparer en fait, enfin si vous êtes né au bon endroit, on ne changera pas la donne évidemment, les bonnes cartes ont la vie dure depuis 1789.

Vous pouvez imaginer que c’est le choix de Dieu, alors …

Mais Dieu ne fait que souligner l’aberration de l’ego éphémère, car nul ne résiste à l’épreuve du temps, quelle que soit la réalité d’une normalité temporelle, au-delà du fait que les cauchemars durent plus longtemps, histoire de s’en rendre bien compte.

Mais toute chose a une fin, si vous ne le croyez pas tentez de le demander aux Tyrannosaures !

Ah ! je crois, je crois que je délire encore !

Leur cocktail, il est vraiment pas mal !!!

 

***

 

Je me souviens de ma première nuit passée à l’hôpital, c’était il y a six mois et quelques jours de plus.

Suite à des analyses déclenchées finalement par un doc que j’avais consulté quelques mois auparavant, et aux visites auprès du généraliste que, j’avoue, je voyais très rarement jusqu’alors, j’ai dû admettre, en décelant une inquiétude de leur part, au vu du résultat de ces analyses, qu’il y avait un petit souci.

Je ne fais pas partie de ceux qui s’attardent sur un bobo ou des coups de fatigue.

Je dus me résoudre à passer une semaine dans le service de pneumologie en observation, avec des antibios de cheval pour traiter un abcès aux poumons, diagnostiqué à une semaine des vacances tant attendues…

C’est peut-être la première nuit où le mot observation a pris un sens et que j’ouvris la porte des angoisses que je n’envisageais pas.

Cette première nuit à l’hôpital fut interminable, je ne trouvais pas le sommeil, je faisais les cent pas dans ma tête comme un lion en cage.

Combien de fois ai-je fait l’aller-retour entre cette chambre verte et l’accueil du rez-de-chaussée, où je fumais cigarette sur cigarette, des pensées… c’était le chaos.

Je revoyais la tête du dermato me dire que les analyses n’étaient pas bonnes, celle du généraliste me confirmer que je devais me rendre à l’hôpital (Centre Hospitalier : CH) pour investiguer plus en avant ces analyses, celle du doc du CH après radio et IRM plus contre-analyse pour m’annoncer que j’avais un abcès aux poumons et me dire qu’avec un traitement antibiotique fort, cela serait traité, mais qu’il fallait encore faire par la suite d’autres analyses pour s’assurer que cela allait bien.

Je n’en pouvais plus d’entendre ce mot « analyse », il n’y avait que cela dans leur bouche…

Hé ! je ne suis pas un rat de laboratoire !!!

Ok, le tabac est un facteur aggravant et de risque, mais bon il y a des gens qui n’ont jamais fumé et qui ont aussi des soucis, alors …

Par ailleurs la médecine a beaucoup progressé c’est ce qu’ils me disent et les traitements sont multiples donc ils trouveront celui adapté à mon problème, (c’est ce qu’ils me disaient).

Bref que tout allait s’arranger.

Rassurant, donc, n’est-ce pas ?

Mais quand même … ce n’est pas anodin … un coup d’antibiotique et le tour est joué !

Et si ce n’était pas le cas, et si je venais de mettre les pieds dans une tourmente dont je ne ressortirai pas ?

Que deviendraient mes lolitas. Et ma femme ?

Comment ferait-elle toute seule ? Ce ne sont pas ses indemnités d’intermittente du spectacle qui lui permettront de régler les traites restantes !

Moi qui n’ai jamais été malade, en dehors de grippes à la con, me voici confronté à un truc pas cool.

Bien sûr, j’avais ressenti ces deux derniers mois, un peu plus de fatigue.

Je mettais cela sur le compte d’une année de boulot, j’attendais avec impatience les vacances à la montagne comme d’habitude.

Et si on ne pouvait pas partir ?

Non, non.

Le doc m’a dit qu’à la fin de la semaine on ferait un point, que le traitement sous perfusion se poursuivrait par la prise de comprimés antibiotique à prendre aux repas, donc que cela ne bouleverserait pas mes vacances attendues.

 

Je rencontrais dehors les habitués, fumant leur cigarette, voyant leur vie partir en fumée et masquant leurs peurs.

Ils avaient une sorte de colique effrénée et invisible les vidant de toute substance, et aucun ercefuryl et autres médocs ne pouvaient résoudre cette angoisse qu’ils tentaient de masquer, la rendant de fait encore plus visible.

Se racontant à tue-tête que les médecins étaient sur l’affaire, et que ceux-ci étaient les meilleurs, les plus beaux, des professeurs renommés, et donc, que ce n’était juste qu’une formalité, qu’ils allaient reprendre leur vie trépidante d’ici très peu, comme tout le monde s’entendait à le leur dire, et plus particulièrement leurs proches qui leur affirmaient avec force de vérité leur ignorance.

Il faut vraiment être shooté pour acheter ces fadaises quand j’y repense.

Cette nuit-là, pour la première fois, je me suis interrogé autrement.



[1] Allusion au film Soleil vert.