ECRITS ET CRIS ! de DIdier LESCAUDRON

« L’ordre, c’est le désordre moins le pouvoir », chantait Léo FERRE. Alors, n’ayez pas peur de l’absence de cohérence dans la suite de ces divers textes.

Les humains, en tentant de mettre de l’ordre dans le monde, ont fini par y amplifier le désordre. Et maintenant, ils marchent peut-être à grand pas vers le chaos. Alors, en feuilletant ces pages à votre envie, ces pages qu’un fourmilier a écrites, laissez-vous aller au gré de votre plaisir, de votre désir.

Usez de votre liberté de conscience et d’action. Il y a bien quelques liens entre ces écrits. Prenez votre temps, vous y entendrez peut-être les cris et les rires des fourmis qui y sont alignées en de belles colonnes de mots choisis.

           

               Didier  LESCAUDRON 

 

                        La poésie est un sport de combat.

           

Tous les jours, les vrais poètes se battent car, à l’époque de tant de sottises dites, il nous faut les entendre et lire les cris de la poésie. Pas n’importe laquelle ! La vraie poésie ! Celle qui secoue la vie, boute les soucis, botte le cul des paparazzis et emmerde les porte-manteaux de luxe à la langue de bois, qui eux ne l’écoutent  pas.

La poésie est un sport de combat, comme les paroles de Socrate, les chants de Léo Ferré, la sociologie de Pierre Bourdieu ou l’art de Pablo Picasso.

A notre époque, à l’école de la poésie, on apprend et on se bat.    

 EXTRAITS  du recueil:

 

 

  Soleil de Charente

 

 

Lumière qui éclaire la pierre

Clarté qui aspire le regard

Brise qui caresse la mer

Allège la peine et arrête le temps

 

Soleil de Charente un matin de printemps

 

Chêne charme tilleul enterrent le deuil

L’évènement signe l’instant

Des racines me poussent des pieds

De mes bras croissent des feuilles

 

Soleil de Charente un matin de printemps

 

Mes pensées fleuries filtrent le vent

Qui portent loin de folles envies

Paris partir Prague Rome Calvi

Les images frémissent et mon désir s’étend

 

Soleil de Charente un matin de printemps

 

 

 

 

 

 

Les 7 péchés capitaux

 

La Gourmandise. Emporté par son avidité, le goinfre creuse sa tombe avec ses dents, alors que le gourmet entretient la sienne avec sa langue, savourant les subtilités de l’ouvrage qui dure.

L’orgueil. « Mes chers amis, j’arrête de détailler mes éminentes qualités et mes brillantes réussites ! Maintenant, à vous d’en parler ! »

La colère. Une bonne colère lessive une conscience encombrée comme un bel orage libère une rue encrassée.

L’avarice. L’avare ne veut rien donner et tout retenir, même une éjaculation lui coûte et le rend malade !

La luxure. Le confessé s’approcha de la presbyte et lui confia que les membres de la communauté étaient prêts à se dresser pour faire l’amour triompher. Ils se réjouirent qu’enfin le bon sens l’emporte et que les va-et-vient entre les corps et les esprits constituent désormais la règle commune dont ils sauront faire un usage immodéré.

L’envie. Tel un prurit, l’envie démangeait tant Désiré qu’il était incapable de se retrouver seul avec lui-même. Un soulagement passager venait de ses déambulations fiévreuses dans les centres commerciaux, emporté par la vision des marchandises. Bien souvent, il était parmi les derniers visiteurs et sortait épuiser par tant de convoitise et jalousie insatisfaites.    

La paresse. Celui-là, il est tellement paresseux qu’il a épousé la première venue sachant qu’elle était compétente, courageuse, riche et déjà … enceinte !

 

 

 

 

A Nicole ma douce-aimée

 

                                                           

Le serpent humain

                          

 

Le serpent en soi, ce n’est pas ce que vous pensez.

C’est seulement une main qui circule sur sa bien-aimée.

 

Sensiblement, il glisse vers ses envies qu’il saisit.

Un sein s’offre à sa merci ; il épouse sa courbe soyeuse.

Une fesse qu’il caresse lui laisse sa douceur chaleureuse.

Un sexe s’ouvre subtilement et le voilà oscillant en lui.

 

Le serpent c’est cette main, ce sexe et ce cerveau

Que les déesses et les muses nous désirent tout là-haut.

 

Si vous ne sentez plus en vous ce serpent ensommeillé,

Réveillez-le avec une musique, un beau souvenir partagé,

Des couleurs qui dansent, les senteurs d’un matin d’été.

Alors les saveurs du serpent seront là pour vous saouler.

 

Et si ses faiblesses lui font sentir survenir sa mort,

Le serpent se souviendra de ses bons plaisirs passés

Et saura lover son corps et sa main pour l’éternité.

 

 

                  

 

 

 

 

 

 

La bête s’affaire

 

 

La bête a su se doter d’une carapace véloce

Et des vents nauséabonds fusent de son anus ferreux.

Elle se fiche des désastres de ses ancêtres féroces

Et compare ses performances à celles de qui dit mieux.

 

La bête engloutit les énergies des nantis mercantiles.

Elle accélère pour démolir les images qui l’horripilent.

Un instant, elle renverse les bornes de la tempérance.

Elle n’a que faire de la masse servile en transhumance.

 

Alors, la bête se laisse aller à la folie des limbes.

Elle se fiche des nœuds de la faim et du feu des nimbes.

La vitesse étire ses lèvres et déforme son visage.

Elle exulte et son mépris écrase son entourage.

 

La bête immonde se délecte au milieu de ses ondes.

Avec ses défenses de fer, elle arrache les rires des enfants

Qu’elle sait pouvoir vendre à l’autre bout du monde.

Son ventre enfle, ses mains serrent, son regard se fend.

 

La bête s’affaire.

Y a-t-il encore quelque chose à faire ?