Préface de Martial Maynadier

Directeur de la collection le Parc

 

Michel Ribes est un personnage. Dans ces écrits rédigés en 1999, et destinés à sa postérité familiale, il brosse avec énergie et humour un autoportrait qui donne à voir la vie d’un homme du vingtième siècle dans ses particularismes et ses universaux. Son récit tient parfois du roman et son écriture de l’écrivain, voir du poète.

Un côté touche à tout, sportif, séducteur, scientifique, militant le rend apte à nous donner des aperçus, multiples, de Temps eux-mêmes changeants. Sa vie commence à l’apogée du Front populaire, son enfance va traverser la guerre et l’occupation. Sa jeunesse et sa maturité se dégagent de la fin des guerres coloniales et se déploient dans l’espace des « trente glorieuses ». Son parcours professionnel d’ingénieur dans les technologies nouvelles s’inscrit dans l’essor incroyable des progrès techniques qui changent alors les modes de vie et les modes de pensée. Son histoire personnelle témoigne par ailleurs de la double emprise des « églises » catholiques et communistes sur ce siècle de feu et de sang, s’achevant pourtant en espoir de libération et de paix, avant que de nouvelles inquiétudes ne se fassent jour et que de nouvelles idéologies mortifères ne se développent dans le début du siècle suivant (où nous sommes).

Ce livre est un témoignage, à hauteur d’homme, qui nous donne à voir le parcours d’une vie, ni meilleure ni pire que beaucoup d’autres, mais exemplaire pourtant d’une individualité irréductible qui cherche à savourer la vie, à en extraire le suc, en s’affranchissant des trompe l’œil et des illusions. Il s’agit là à bien des égards d’une leçon de savoir bien vivre.

 

Un extrait ...

La musique et le théâtre

 

 

La musique et la fanfare ont joué un grand rôle dans la vie de mon père.  Comment a-t-il appris la musique ?  C'est un mystère pour moi.  Je l'ai par ailleurs toujours vu jouer du bugle, instrument qui ressemble au cornet à pistons mais avec une sonorité plus douce.

Vers l'âge de dix ans j'ai été en quelque sorte contraint d'apprendre le solfège, un peu de théorie, et de commencer à pratiquer un instrument, en l'occurrence le cor d'harmonie, un cor de chasse avec des pistons permettant de jouer l'ensemble des notes de la gamme,  Nous étions deux ou trois, je ne me souviens plus exactement, à passer par cette phase d'apprentissage dispensé par le vieux chef de la fanfare dont j'ai oublié le nom, et qui durait environ un an avant de pouvoir accéder aux répétitions de la fanfare.

Mon instrument était essentiellement un instrument d'accompagnement destiné aux seconds rôles.  De tout façon, on était d'abord deuxième ceci, deuxième cela avant de justifier d'un premier pupitre.  Ces deuxièmes rangs étaient tenus par des jeunes comme moi.  La fanfare était en fait un lieu de rassemblement et une occasion pour les adultes non seulement de faire des concerts à la mairie de Mennecy mais aussi et surtout de faire la fête.

A l'occasion d'un concert à la mairie, j'ai eu l'honneur d'un solo et de quelques lignes dans le Républicain en raison de mon jeune âge.  Je me souviens qu'il s'agissait de « L'ouverture du ballet de Copélia »

 

À mardi gras, la fanfare défilait dans les rues, suivie des déguisements portant des harengs saurs, et s'arrêtait pour une aubade devant chaque bistrot avant d'aller boire un coup, invitée par le patron.  Et il y en avait des bistrots à Mennecy!