LES LIVRES DE MARIE CLAUDE /

CAHIN-CHAOS

 

L'un des poèmes de Marie Claude,  suivi de la Préface de Martial Maynadier

 

L’ENIGME

 

Toi qui dis que tu le détestes

Achète déjà son savon

Un bon savon mousseux 

D’une jolie couleur

Qui révélera la douceur

De son monde qui te déplait

Mais que tu ne soupçonnes pas

Approche-le sans peur ni doute

Car il les sentirait

Et pourrait bien prendre la fuite

Surtout ne va pas le brusquer

Garde patience

Observe-le

Plonge ton regard dans le sien

Il va te dire des mots bleus

Des mots qu’on dit avec les yeux

Quand il t’aura apprivoisé,

Car c’est lui le maître des lieux

Tu verras alors la splendeur

De ta rencontre

Avec…

Le chat !

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la Collection LE PARC

 

Je connais Marie Claude depuis une quinzaine d’années. Ce fut d’abord une fidèle du Café Poétique de l’Hôtel de la Biche, créé à Evreux en Avril 2001, et l’une des plus assidues ensuite aux ateliers d’écriture qui se mirent en place dans cette ville.

Elle participa également aux ateliers mis en place à l’IUFM d’Evreux par le poète Cristophe Lamiot. Son écriture personnelle est bien antérieure et va bien au-delà.

Professeur de Français, et femme de Lettres et de Culture, Marie Claude ne fut pas ménagée par la vie et les difficultés de tous ordres, elle garde pourtant jusqu’à aujourd’hui, une fraîcheur et un humour qui n’ont d’égal que son talent pour ciseler les vers « classiques » ou « fantaisistes ».

Grande admiratrice des artistes : peintres, écrivains, chanteurs, danseurs, elle excelle dans l’hommage à ces grandes figures qu’elle a parfois côtoyées. D’une façon générale sa poésie, pourtant souvent débridée, touche au réel, et puise dans les souvenirs d’une vie riche en expériences et en rencontres…

L’élégance et la grâce de son style rendent plaisants tous ses écrits parfois décalés et insolites, parfois sobres, puissants, bouleversants de sincérité et de force d’expression.

Cet ouvrage de bonne compagnie ne peut que réjouir le lecteur, l’amuser, l’émouvoir, et l’inciter à lire et relire des textes dont la reprise donne autant de plaisir que la découverte.         MM

 

 VERSO RECTO

 

Préface et quelques poèmes :

 

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la collection le Parc

 

 

Le deuxième recueil de Marie-Claude Robichon, tient toutes les promesses du premier et les fruits dépassent la promesse des fleurs. Ceux qui ont aimé Cahin Chaos, sa fantaisie, sa maitrise du vers, sa musicalité ne seront pas déçus et trouveront plus encore dans ce nouvel ouvrage. Marie-Claude est une amie depuis plus de quinze ans. Dès la première lecture qu’elle proposa d’un de ses textes dans la cave voûté du « salon de la Comtesse » à l’Hôtel de la Biche lors d’un des mémorables Cafés Poétiques que nous y tenions alors, je perçus avec étonnement que se tenait devant moi, l’une des grandes poétesses de notre siècle. Sa fraîcheur, son humour, la vivacité de sa pensée et sa vaste culture impressionnaient, mais ce qui m’apparut d’abord ce fut la musicalité classique de son vers, héritier de toute une tradition française de poésie classique et chantante pour l’oreille.  Les années passèrent et les textes nouveaux s’ajoutèrent aux anciens. Au fil des ateliers d’écriture créés dans les années suivantes, et dont elle fut la plus fidèle adepte, se constitua une œuvre riche et diverse, dont le premier recueil paru en 2015, ne donne qu’un premier aperçu. Ce second livre commence à révéler la dimension d’une poète dont on découvrira peu à peu toute la valeur. Verso Recto commence par nous présenter le Verso, ce qui est « en arrière », vient ensuite le recto du présent, précédant lui-même l’intemporel qui demeure et demeurera… L’ouvrage entier se veut sous le signe des violons, de leur grâce musicale et des sanglots mélodieux qu’ils font chanter en nous. Jamais sans doute plus bel hommage ne leur fut rendu que dans le magnifique poème final de ce livre précieux.

 

 

Rêve

fait au Printemps 1995

 

Dans un cinoche d’avant-guerre,

Un soir, en Bretagne,

Haut lieu de fantasmagories,

Un magicien se mit à l’œuvre,

Parlant avec des mots que l’on n’entendait pas,

Mais que 1’on comprenait.

L’écran déployait sa blancheur.

L’homme, qui se mouvait devant,

Se saisit doucement de son ombre,

Pour la placer derrière.

D’autres, chinoises, bien entendu,

Comme allongées sur une table

Y dessinaient des formes,

Raides et vagues,

Qui suivant la baguette magique,

Devenaient verticales,

Et acquéraient le don de vie.

Ce dont je me souviens surtout,

C’est d’un oiseau,

Inconnu sous ces latitudes,

Mais cependant marin :

Un pingouin.

I1 sauta derrière l’écran blanc,

Puis il passa devant,

Agitant ses embryons d’ailes.

Sa tête d’oiseau s’effaça,

Son cou supporta un visage :

Celui d’un chanteur,

Celui d’un poète,

Celui de Brel ;

Qui, tout en battant des ailes,

Et sous nos yeux éberlués,

Se mit alors à chanter : « Banquise est revenue ! »

                                                                        Atelier du 21 juin 2016  Glisolles

 

Les fouilles de Colleville

 

(Sur l’emplacement d’un village gallo-romain

 du premier siècle après JC)

 

Dring ! Dring ! C’est l’heure,

Redit l’impitoyable et impassible Frédéric.
Les vaches meuglent sur le stade entre nos tentes.

Je maugrée, maugrée, maugrée,

Jusqu’à la table du déjeuner,

Rattrapée par les rires,

Les bruits de casseroles

Et des divers liquides que l’on y déverse

Et le pschitt du gaz qui s’échappe

Et c’est le grand départ en voiture :

Vroum ! Vroum !

Vers le chantier.
Bruit des pelles, des pioches,

Et même des marteaux piqueurs

Pour les sondages ;

Caresses douces et faibles des pinceaux…

Et que de rires,

Ce qu’on peut s’amuser !

À tel point qu’un bel après-midi,

Surgit d’une haie voisine,

La trogne coléreuse d’un paysan normand

Qui nous enjoint d’arrêter

Car nous dit-il :

« Vous effrayez l’bétail ! »

Petit moment de gêne un peu honteuse

Et puis tout recommence.

Le pauvre homme ne revient pas :

Il a compris sa douleur.

À midi, on descend au restaurant

Juste en bas de la pente.

Bruits et conversations

Sans beaucoup d’intérêt

Et l’on repart vers nos truelles

Nos outils

Et nos vestiges

 

Un matin, Frédéric

Nous annonce que la conservatrice

Du musée de Fécamp

Va venir visiter

Le chantier.

Avez-vous déjà vu un chantier de fouilles ?

Rien de plus propre…

Mais pour elle nous organisons du désordre :

Je ne sais comment les garçons

Sculptent dans de la boue

D’imposants phallus

Qu’ils déposent avec soin

Sans endommager rien

Sur chaque carré de la fouille...

Je suis trop occupée à chercher

Dans les coffres d’auto

Des haillons pour nous déguiser :

Nous ramassons quelques fagots,

Une bouteille traînant là,

Et nous allumons un grand feu…

Ah que je jouais bien l’ivrognesse en folie !

 

                                                                    26 avril 2016,  Glisolles

 

 

 

Un voyage à Paris

 

 (Pour Jacqueline Lemiègre)

 

À la fin du siècle dernier,

Passé le mois de février,

Au salon de l’Agriculture,

Je me rendis un beau matin

En oubliant mes escarpins

Dans le but d’éviter l’enflure.

Guillerette comme Perrette,

M’en fus tout droit voir les bovins,

Car les vaches, c’est vraiment chouette,

Pour tout dire, j’en ai le béguin.

Les Normandes ou les Landaises

Ou bien les blondes d’Aquitaine,

Ainsi que l’espèce Hollandaise,

Et même une génisse unique,

Ayant pris ses claques et cliques.

Les ruminants contestataires

Du Larzac, m’emplissaient les yeux

Que j’ouvrais grands comme soucoupes.

Je ne leur tâtais pas la croupe,

À l’instar de monsieur Chirac.
Me ravissaient les robes brunes,

Rousses ou grises

Qui excitaient ma convoitise

Avec leur poil si fin, si doux

Et si luisant !

Du Braque de Weimar parfaites concurrentes !

Il faut dire que j’ai rêvé, (cela depuis ma tendre enfance),

Depuis que chez notre fermier

Un petit veau était venu

Pour augmenter son beau troupeau

Et voulant se remplir la panse

Bava sur ma jupe plissée,

Sur ma main enroula sa langue,

Rêvé, je le répète

D’avoir MON bovidé,

C’est le sujet de ma harangue…

Mes parents, c’est bien évident

S’opposèrent vite à ce rêve,

Mais les yeux doux du ruminant

Dans mon sommeil parfois se lèvent…

 

Alors, imaginez ma joie, dans ce salon

Qui réunissait les plus belles

Pomponnées et parées de rubans et galons,

Défilant, dignes, solennelles,

S’efforçant d’emporter le prix

Pour leur bien aimé éleveur,

(Une façon de faire son beurre).

Le succès était garanti.

Je suivis bien des défilés,

Jusque tard dans cette soirée.

Pour leurs pis un peu alléger

Étaient tirées par le fermier,

Tout en lâchant leur bouse

Le port toujours altier.

Elles se succédaient. On venait nettoyer.

Le visiteur curieux s’amusait du spectacle

Et puis passait aux lieux

Où se dégustaient leurs bienfaits,

Le beurre, la crème et puis le lait.

Là-bas, je fis la connaissance

Comme en des Cornes d’Abondance

Du fromage de même nom.

 

À ce propos, pour parler cornes,

À ma grande stupéfaction,

(Et cela me mit en alarme)

Je découvris que bien des bêtes

Allaient, pour ainsi dire, « nue tête ».

En effet, elles n’en avaient pas !

Que pouvait vouloir dire cela ?

Lorsque j’étais enfant,

Il en allait tout autrement.

Je m’en inquiétais aussitôt

Auprès d’un paysan vieillot.

« À certaines saisons que l’on dit des amours

M’éclaira-t-il, elles se battent

Comme des teignes.

Il faut donc les couper, puis on en fait des peignes

De grande qualité.

« Meuh ! » Protesta sa vache.

« Oui da ! » Renchérit l’autre « car même la cravache

Ne peut vous séparer ».

La vache de taper du pied

Et de se remettre à meugler.

 

Comment se finit leur querelle ?  Je ne le dirai point

Car j’avais gagné les lointains

Pour échapper à la bataille

Et déguster des cochonnailles,

Qui je vous le dis fleuraient bon

Car tout est bon dans le cochon !

 

Eux-aussi, tout vifs, étaient là,

Les truies, porcelets et verrats,

Certains mêlant le noir au rose.

Les petits tels de vrais virtuoses

S’entraînaient à saute-mouton,

Courant, couinant, tournant en rond,

La femelle en allaitant d’autres.

Comme ils étaient mignons !

Comme ils étaient trognons !

Longtemps me suis bien amusée

À les voir ainsi chahuter.

Quand je repris ma promenade

Mes yeux se posèrent par mégarde

Sur l’endroit où étaient parqués

Deux jeunes mâles.

L’un poussait des sortes de râles

Et cherchait à se réfugier

Dans un petit coin de l’enclos

Et l’autre louchait sur son dos.

Les cris semblaient me supplier.

« Sauve moi ! » et « Gare au goret ! »

Là, je découvris en effet,

Que son indigne compagnon, victime de sa libido,

Se montrait tout à fait homo. »

Et je criai d’étonnement

En constatant que le cochon

A la queue en tirebouchon

Dans toutes les parties de son anatomie…

 

Moralité

 

Observons toujours la nature

Car même dans notre âge mûr,

Nos émotions resteront vives

Et c’est cela qui nous cultive.