LES CONTES DE MADAME KOUASSY- BRAMS deux volumes parus....

 

 

 

 

l'ATTAQUE DES POISSONS D'AVRIL

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la collection le Parc

 

Il est temps de réenchanter le monde. Les conteurs y contribuent. Dès l’origine du langage, (et de l’humanité qui l’accompagne), les conteurs ont répondu aux grandes angoisses existentielles, ont nourri les rêves, calmé les douleurs, entretenu l’espérance.

Et puis le temps des contes s’est éteint. La Science et la raison ont prétendu donner réponse à tout. « Les contes de bonne femme » ont été discrédités, et ceux de « Ma mère L’oye » ridiculisés. On les a conservés pour l’amusement des tout petits. C’était des « Contes du temps passé ». Quelque chose qu’on n’écrivait plus. Mais notre monde du prosaïsme et du technique, du rationnel et du savant, n’a pas vraiment donné tout le bien qu’on en attendait.

Les vieux démons sont toujours là, et la souffrance, la misère et la mort, n’ont pas été vaincus, la modernité ajoute à ce fond commun son lot de froideur, de déception, d’échec et de dangers. Alors le conte revient. Et ses vertus de guérison, toujours actives retrouvent leur fonction de réconfort des petits et des grands.

Grâce soit rendue au talent et à l’inspiration inépuisable d’Agnès K. Brams…Ces contes ne sont pas que de divertissement, ils portent un message de réconfort et de sagesse.  Faisant suite à son premier recueil « Les Contes de la Tortue Volante » qui a fait l’objet de plusieurs rééditions et de traductions, « L’attaque des Poissons d’Avril » ravira les petits par sa fantaisie, mais séduira les plus grands, et jusqu’aux adultes par les pistes de réflexions et la profondeur des enjeux. Sur la grande scène des contes, comme sur celle de la vie réelle, le bien et le mal ne sont pas des mots vains et vides de sens.  Quelle vie voulons-nous, et dans quel monde ?  Presque toutes les histoires que nous présente l’auteure indiquent une direction, tracent une voie, et au-delà des allégories, proposent des solutions « éducatives » qui permettent d’espérer un monde meilleur.

 

Les deux premiers contes du recueil :

 

 

L’attaque des poissons d’avril

 

 

O

n était le 31 mars. Tout était tranquille, le ciel était bas, les arbres reverdissaient, les oiseaux chantaient mais ils avaient transporté des graines curieuses dans leurs becs.

 

Enfin, de là où nous étions, nous ne pouvions pas les voir…

C’est beaucoup plus tard que nous nous en sommes aperçus.

 

Le matin du 1er, tout semblait aussi très calme, trop calme même à mon goût.

Mais les choses étranges commencèrent.

Déjà mon chat avait disparu : à sa place, un animal amphibie, une sorte de poisson à moustache me regardait d’un drôle d’air…

« Ah ça mon petit bonhomme, si j’étais un peu plus gros, je t’aurais bien avalé tout cru avec un peu de ketchup et du poivre. »

Complètement éberlué et encore ensuqué de ma nuit, je me crus dans un cauchemar.

« Bah je vais me doucher, l’eau fraîche me fera du bien… »

Mais un cabillaud plus très frais à l’odeur fétide se détacha du pommeau : vlan sur la tête !

« Ça c’est trop fort ! » me dis-je mais l’eau coulait quand même, bien que salée…

Je m’habillais sans trop de problèmes sauf que perturbé par ces phénomènes, je me fis le nœud de cravate derrière et ne trouvais à me mettre — aux pieds — que des chaussettes dépareillées.

Le café avalé tant bien que mal — il était salé —, je sortis.

Malgré tout, les bizarreries continuèrent.

J’aimais tellement regarder les arbres au printemps mais, rendez-vous compte, ils étaient chargés de poissons. Des poissons de toutes sortes : des petits, des grands, des barbus, des velus, des de toutes les couleurs… Il y en avait même par terre !

« Qu’est-ce que c’est que ce binz !!! »

C’étaient les oiseaux qui avaient apporté des graines d’un pays lointain où poussent des arbres à poissons…

Je poursuivis mon chemin, pressé de regagner mon bureau et que cette journée ultra bizarre se termine enfin… mais je n’étais pas au bout de mes surprises : tout à coup, un vrombissement se fit entendre, c’était toute une armée de poissons volants qui fonçait sur la ville…

Je voulus me cacher derrière les arbres… mais je vis une multitude d’yeux globuleux, de nageoires et d’écailles : ils étaient là aussi !

Ils étaient partout ! Quel cauchemar !

Surtout ce qui était étrange, très étrange, c’est qu’ils étaient tous devenus amphibies et semblaient très bien respirer à l’air libre…

Est-ce parce qu’on en faisait une farce en les tournant en dérision (« Poisson d’avril ! Poisson d’avril ! ») qu’ils avaient voulu se venger ? …

La nuit tomba. Peu à peu les poissons s’envolèrent : tous ceux des arbres, ceux des maisons et ceux du ciel.

        

À minuit moins une, le dernier poisson poussait son dernier cri et s’envolait.

 

La ville était à nouveau tranquille.

 

 

 

Transformations

 

 

L’

Ange de sagesse vint le voir ce matin…

Yann se levait tous les jours à l’aube.

Artiste, il l’était un peu au moins dans son cœur et il aimait voir le soleil se lever sur les roches rouges et les bleus profonds de la mer d’Iroise…

Il vivait si intensément la vie et la beauté du monde qu’il aurait aimé se plonger une journée au cœur de la rose qui s’ouvre au soleil du matin, du rocher fouetté par la mer ou d’une mouette de l’océan.

 

Et voilà que cet Ange finalement pas si sage lui proposait d’être aujourd’hui, la rose, demain le rocher qui lui faisait face et dans deux jours, s’il le souhaitait, de vivre une journée dans les plumes d’une mouette entre sable et mer, rochers et nuages.

 

Pourtant même si c’était son souhait le plus cher de comprendre en profondeur tout ce qu’il l’entourait il réfléchit aux conséquences de ces transformations.

Et s’il restait tel qu’il avait été transformé ? Et si après des centaines d’années en se réincarnant il se réveillait avec des traces de ce qu’il avait vécu : des épines sur le corps, un bras recouvert de plumes de mouette ou une jambe dure comme de la roche ?

« N’aies crainte lui dit l’Ange, s’il t’est permis de vivre dans le cœur d’une rose c’est pour apprendre sa générosité et son amour : une rose donne sans compter…

La roche t’apprendra la patience mais aussi que tout a une âme et s’exprime. Comme la roche tout vibre à l’unisson avec la terre, la mer et toutes les forces de la nature…

Et vivre dans le corps et l’âme d’une mouette te fera connaitre la liberté et le courage de te battre avec les éléments.

En vivant leur vie non seulement tu deviendras plus sage mais tu pourras aussi peindre avec tellement plus de profondeur.

Après chaque transformation tu redeviendras toi-même mais ton cœur et ton regard auront grandi en profondeur, en force, en sagesse et en amour. »

Yann, ému, acquiesça en silence. Ainsi tout comme les peintres asiatiques d’autrefois qui s’approchaient le plus possible de leur sujet, en ayant vécu au cœur de la fleur, de la roche ou de l’oiseau, il pourrait les peindre avec infiniment plus d’amour, de vie et de beauté…

C’est ainsi que commença son aventure.

 

 

 

 

LES CONTES DE LA TORTUE VOLANTE (existent aussi en italien et en espagnol)

Agnès K.Brams  est une conteuse née. Comme Andersen, elle donne vie et émotion aux objets, fait parler les animaux, et porte un regard tendre et bienveillant sur notre monde. Elle nous apprend  à le voir avec des yeux d’enfants qui croient  aux sortilèges et à la magie blanche pour surmonter toutes les adversités. Elle nous incite  à toujours résister au découragement, à l’abandon, au désespoir, et à croire sans cesse que l’émerveillement, la beauté, la paix sont à notre portée et que le bon geste, la bonne formule, la juste attitude nous permettront d’échapper au pire pour atteindre au meilleur…. Ces contes d’éducation et de consolation sont des lectures idéales à partager avec les jeunes enfants pour leur donner des nuits calmes et rassurées. Ils sont aussi pour tous les adultes une belle leçon de vie, un appel à la générosité, à la sociabilité, au partage et à la gentillesse  qui s’il était entendu permettrait l’existence de chacun dans un monde naturel où il ferait bon vivre et côtoyer ses semblables… Martial Maynadier

 

L'un des Contes d'Agnès:

Le prince Automne

 

On raconte que le Temps avait trois fils : le prince Hiver, le prince Printemps et le prince Eté.

Le prince Hiver de son souffle glacial apportait le gel, la neige et le froid.

Le prince Printemps primesautier, léger comme un papillon mais fort comme la sève des arbres, faisait jaillir partout la vie et de sa baguette il illuminait les prairies de myriades de couleurs.

Quant au prince Eté c’était la chaleur qu’il envoyait. Il fonçait les feuilles des arbres et donnait aux fruits et légumes tout leur arôme, leur jus et leur beauté.

Mais en ce temps-là on passait directement de l’été à l’hiver et le passage était beaucoup trop rapide…

Les fruits n’avaient pas le temps de murir à point et les arbres perdaient trop vite leurs feuilles.

 

Alors père Temps se dit qu’il lui faudrait un autre fils qui achèverait le travail de prince Eté avant l’arrivée de l’hiver. 

Il faut vous dire que le père Temps avait un frère Messire vent et il demanda au fils de ce frère s’il pouvait l’aider.

Comme il était d’accord père Temps le vêtit d’or et de pourpre, de jaune et de roux, et le nomma AUTOMNE.

Prince Automne avait pour mission de recouvrir la terre, les forêts et les bois de ces couleurs splendides…

Les arbres se revêtirent d’or, certains de rouge, d’autres de rouille et d’autres encore de couleur prune.

Il demanda à l’astre solaire de mûrir encore un peu tous ces fruits savoureux : pommes croquantes et rouges à souhait, raisins d’or et bleu-violet et de les gorger de son élixir…

Il mit du roux au panache des écureuils et leur offrit tous ces petits fruits secs et croquants : amandes, noix et noisettes dont ils se régaleraient et feraient des provisions pour l’hiver… Il parsema les mousses de multitudes de champignons…

Le spectacle était splendide ! Quelle  symphonie de couleurs, de senteurs et de saveurs !

Les cerfs profitaient de cette magnificence pour bramer un chant d’amour à leur belle, des gracieuses biches aux yeux si doux.

Les sangliers se faisaient un festin des multitudes de glands, trésors des chênes.

Puis Prince Automne invita les brumes à entrer en scène…

Elles nimbèrent de beauté et de mystère tout ce qu’elles touchèrent : les forêts, les campagnes et les villes…

Enfin dans une pirouette le prince souffla un vent frais.

Il ébouriffa les forêts ; puis arrachant les feuilles, il les fit voltiger en une ronde effrénée laissant les arbres nus et tout noirs.

Les feuilles étourdies de cette danse violente retombèrent mollement et formèrent d’immenses tapis multicolores…

Et c’est ainsi que le prince Automne fit sa première apparition sur la terre.

Quelques pluies, un peu de froid et voilà qu’il invita son cousin Hiver à venir.

Depuis, tous les ans Automne, le fils du Vent rejoint tous les Princes du Temps. Chacun leur tour ils apportent à la terre leurs précieux cadeaux et tous leurs bienfaits.

Et tout est très bien ainsi.