POESIES et ROMANS en version Bilingue

 

 

 

L’Ombre des Ombres  (début du roman)

...sss...

 

Ces trouvailles avaient été jusque-là cachées dans l’esprit de beaucoup, de peu, de quelques-uns, de ceux-ci ou de tous.

Impossible de savoir si on les avait découvertes dans une caverne, au fond de la mer, dans une élégante villa ou au fond du cœur ou au fond de la conscience ( C’est quoi?), ou  dans une vieille chaussure ou, enchantées dans une machine à écrire, ou parmi les virus d’un ordinateur, ou sur les murs d’une prison ou dans une bouteille flottante, ou dans la plus lointaine sacristie. Elles étaient probablement sorties avec force d’une captivité tordue, fonctionnant mal, prisonnières de l’esprit de quelqu’un et, peut-être maintenant, elles étaient dans les airs, à l’ombre du soleil ou parmi les vents forts.  

On a tellement parlé de cette ombre, qui décida, comme il l’avaient décidé, d’apparaître sur cette terre.

— Donnez-moi le déodorant, demanda-t-elle aux vigilants attentifs à cartographier les contraventions destinées à ne pas être sanctionnées, et à calculer les absences normalement payées comme d’ordinaires présences rétribuées, et ceux-ci lui répondirent :

— Mais Madame Ombra, le déodorant, il l’a utilisé le maire pour son portefeuille, vous ne vous souvenez pas ?

— Oh! cet idiot! Il n’a pas compris qu’il devait servir à Mon portefeuille et non au Sien… Ça devrait devraient lui suffire les honneurs et la gloire pour sa Dame, et quelques verres…Alors, puisqu’il n’y a plus de déodorant, - et en disant cela elle sortit son portefeuille et elle le sentit - Enterrez mon portefeuille, très profondément afin qu’il ne pue pas, vite, vite, faites-le vite!

Les ombres avaient décidé que cette ombre devait sortir de sa cachette pour venir à la vie, disons “réelle”, cette vie qu’elles avaient gérée de longue date, si confortablement, d’une ombre à l’autre, sous la bonne adresse de l'Ombre des Ombres.

Puisque l’ombre choisie n’allait pas de l’avant, de peur de devenir une ombre dans la lumière, et qu’elle espérait encore pouvoir rester à l’ombre des ombres, l’homme Pinçu qui se tenait derrière son derrière, les pinces aiguisées, la poussa vers l’avant, avec la délicatesse de la lame du rasoir quand elle rase le premier poil.

(L’homme Pinçu, d’après ce qu’on peut déduire des découvertes et surtout de celles de la chaussure percée, devait être quelque chose comme “ ni viande ni poisson “ avec le souci d’avoir une taille appropriée. Mais il avait le grand mérite de se présenter comme  de la viande de première coupe ou du poisson de qualité supérieure et ses mouvements de marionnette raffinée lui donnaient l’air d’un manipulateur fiable .)

— Bien, dit Madame Ombra, puisque je dois vraiment...et... alors pour me matérialiser, vous devez créer l’atmosphère juste, mais vraiment la bonne, la juste !

(L’ombre choisie pour devenir Madame Ombra, toujours d’après ce que l’on comprend à partir de découvertes dans une élégante villa qui devait être finement insérée dans un spectaculaire maquis de figues de barbarie épilées et mises en pots, était toute âme et corps en faveur de la précieuse valeur naturaliste inestimable de l’Ile).  Elle dirigeait une organisation très en usage, mais d’un usage peu compréhensible, si bien qu’elle avait tout à fait compris l’usage de la fosse boisée et avec son attrait typique d’aspiratrice-inspiratrice vaginique elle avait laissé, dans l’esprit de beaucoup, un intérêt profond, et inconscient.

 

 

Qui au coeur frappera

de Pippo Cafarella

( Edition bilingue italo-français)

Préface

 

“Bang-bang” –

Frapper au coeur: de la Sicilie à la Suisse et retour.

 

Un conte  poignant  et  douloureux sur l’identité, la Sicile; sur les racines, la famille; sur le sacrifice, l’émigration; sur la diversité, deux frères. Conte presque parfait dans sa structure cyclique et dynamique: il s’ouvre avec le voyage de l’émigrant de Sicile, se ferme avec le rétour en Sicile du frère dévoyé. Au centre, le suspense oppressant, comme  un triller qui débute lentement  et qui ensuite progresse sur un rythme dramatique. On découvre, avec les protagonistes, les verités cachées et le pourquoi de cette fortune en terre  étrangère,  ce qui se cache derrière le luxe et  les vices qu’apporte le bien être, comme il est facile de céder aux tentations du superflu.

Le héros du conte – double comme Dydime - (ancien nom de Salina, île aux deux volcans éteints, île natale de Pippo Cafarella) poursuit  fatalement son destin tragique avec une sorte de paresse, avec l’indolence et la résignation du caractère méridional, de sorte qu’il tombe dans un mal qui le désoriente et l’attire dans les liens irrésistibles du sang, sang de la famille, du crime, de l’histoire. “Il faut avoir du cran….” pour vivre et combattre, c’est la recommandation du père et de la mère aux fils – le bon et le mauvais, deux faces de la même âme, frères qui vivent finalement les mêmes choses: le travail/la rapine, l’amour/le sexe, la terre/la fuite, l’honêteté/le mépris. 

L’apparent manichéisme de la trame – la lutte  entre bien et mal dans le coeur du protagoniste – se fond dans la confusion qui s’installe au début de la narration, et se termine dans une complète superposition des personnages et dans l’échange de leur identité et destin.

Conte visuel, double, théâtral, énigmatique, qui saisit le lecteur dans l’envoûtante attirance de la degradation: qu’est-ce qui fait de cette terre la plus belle du monde, le siège de  la violence la  plus  abjecte?

Comment se peut-il qu’une âme douce comme le pain et les amandes  se transforme en un homme vicieux et corrompu? Qu’est-ce qui rend  esclaves d’une vie mauvaise, les travailleurs  les  plus forts et les plus fiers? Il y a au moins deux siècles qu’en Italie, on se questionne  sur le pourquoi de la mafia,  sur l’origine de toutes les  mafias. La sociologie, l’histoire, la politique ont donné, volontairement ou non,  des réponses partiales et imparfaites, qui ont perpétué le sacrifice d’hommes irréprochables et vertueux.

 

Le regard  poétique et désenchanté de l’ecrivain nous répond que la mafia réside dans le cœur de l’homme, dans son avidité, dans sa faiblesse, dans la douceur même de la terre qui donne des fruits et des épines,  et qui nourrit en  même temps le travail et la ruse.

Conte prophétique: avec beaucoup d’avances sur les investigations et enquêtes judiciaires, cette narration a déjà envisagé la diffusion par capillarité  des affaires mafieuses au nord et dans les banques europeénnes.

Conte plein de symboles  et d’oppositions: le train, la valise, la confiture, la petite médaille de la maman de Sicile et  en Suisse, la villa, la voiture de sport, le sexe, l’argent, les banques,  la drogue.

Les lieux communs de l’émigration, du boom economique, de la mafia, de la transformatiòn d’un pays agricole en une puissance industrielle, se transforment en simples et puissantes images, éclairant d’un reflet toujours actuel les choix toujours mauvais d’un pays  plein de richesses et  de culture  qui s’est vendu à un modèle de développement trompeur: le pont sur le détroit (de Messine )– dont pour l’instant, la construction a échoué– représente  la liaison malade et ambivalente de  la Sicile avec le Continent, avec l’Italie et l’Europe, avec la modernité et la dégradation.

Notre auteur cache habilement le fond archaïque de son inspiration: si Turi était resté dans sa maisonnette au pied de l’Etna à travailler la terre et à aimer Rosalba……au lieu de se laisser  prendre dans les pièges  de son  frère amateur  des discothèques et  des moteurs.

Aussi longtemps qu’un Turi continuera d’accourir à l’appel déloyal, d’un Alfio qui le dénature et le spolie, la mafia continuera à s’enrichir de  la chair des plus faibles.

Dans ces temps où l’avidité de quelques-uns a atteint le  paroxysme du gaspillage le plus indécent, alors que  les multitudes des pays du sud manquent du nécessaire et sombrent dans l’indigence, comment ne pas approuver cette limpide vision néo-stoïque qui nous fait envisager la vertu  dans une  pure austérité ?

Alors, en definitive, un conte moral qui nous parle d’un monde qui chaque jour doit se defendre de la corruptiòn, de la mafia, de la violence de l’argent, de l’humiliation de la femme, de la trahison des personnes aimées, de la négation de la vie.

                                                                         Mirella Fanti