Qui au coeur frappera

de Pippo Cafarella

( Edition bilingue italo-français)

Préface

 

“Bang-bang” –

Frapper au coeur: de la Sicilie à la Suisse et retour.

 

Un conte  poignant  et  douloureux sur l’identité, la Sicile; sur les racines, la famille; sur le sacrifice, l’émigration; sur la diversité, deux frères. Conte presque parfait dans sa structure cyclique et dynamique: il s’ouvre avec le voyage de l’émigrant de Sicile, se ferme avec le rétour en Sicile du frère dévoyé. Au centre, le suspense oppressant, comme  un triller qui débute lentement  et qui ensuite progresse sur un rythme dramatique. On découvre, avec les protagonistes, les verités cachées et le pourquoi de cette fortune en terre  étrangère,  ce qui se cache derrière le luxe et  les vices qu’apporte le bien être, comme il est facile de céder aux tentations du superflu.

Le héros du conte – double comme Dydime - (ancien nom de Salina, île aux deux volcans éteints, île natale de Pippo Cafarella) poursuit  fatalement son destin tragique avec une sorte de paresse, avec l’indolence et la résignation du caractère méridional, de sorte qu’il tombe dans un mal qui le désoriente et l’attire dans les liens irrésistibles du sang, sang de la famille, du crime, de l’histoire. “Il faut avoir du cran….” pour vivre et combattre, c’est la recommandation du père et de la mère aux fils – le bon et le mauvais, deux faces de la même âme, frères qui vivent finalement les mêmes choses: le travail/la rapine, l’amour/le sexe, la terre/la fuite, l’honêteté/le mépris. 

L’apparent manichéisme de la trame – la lutte  entre bien et mal dans le coeur du protagoniste – se fond dans la confusion qui s’installe au début de la narration, et se termine dans une complète superposition des personnages et dans l’échange de leur identité et destin.

Conte visuel, double, théâtral, énigmatique, qui saisit le lecteur dans l’envoûtante attirance de la degradation: qu’est-ce qui fait de cette terre la plus belle du monde, le siège de  la violence la  plus  abjecte?

Comment se peut-il qu’une âme douce comme le pain et les amandes  se transforme en un homme vicieux et corrompu? Qu’est-ce qui rend  esclaves d’une vie mauvaise, les travailleurs  les  plus forts et les plus fiers? Il y a au moins deux siècles qu’en Italie, on se questionne  sur le pourquoi de la mafia,  sur l’origine de toutes les  mafias. La sociologie, l’histoire, la politique ont donné, volontairement ou non,  des réponses partiales et imparfaites, qui ont perpétué le sacrifice d’hommes irréprochables et vertueux.

 

Le regard  poétique et désenchanté de l’ecrivain nous répond que la mafia réside dans le cœur de l’homme, dans son avidité, dans sa faiblesse, dans la douceur même de la terre qui donne des fruits et des épines,  et qui nourrit en  même temps le travail et la ruse.

Conte prophétique: avec beaucoup d’avances sur les investigations et enquêtes judiciaires, cette narration a déjà envisagé la diffusion par capillarité  des affaires mafieuses au nord et dans les banques europeénnes.

Conte plein de symboles  et d’oppositions: le train, la valise, la confiture, la petite médaille de la maman de Sicile et  en Suisse, la villa, la voiture de sport, le sexe, l’argent, les banques,  la drogue.

Les lieux communs de l’émigration, du boom economique, de la mafia, de la transformatiòn d’un pays agricole en une puissance industrielle, se transforment en simples et puissantes images, éclairant d’un reflet toujours actuel les choix toujours mauvais d’un pays  plein de richesses et  de culture  qui s’est vendu à un modèle de développement trompeur: le pont sur le détroit (de Messine )– dont pour l’instant, la construction a échoué– représente  la liaison malade et ambivalente de  la Sicile avec le Continent, avec l’Italie et l’Europe, avec la modernité et la dégradation.

Notre auteur cache habilement le fond archaïque de son inspiration: si Turi était resté dans sa maisonnette au pied de l’Etna à travailler la terre et à aimer Rosalba……au lieu de se laisser  prendre dans les pièges  de son  frère amateur  des discothèques et  des moteurs.

Aussi longtemps qu’un Turi continuera d’accourir à l’appel déloyal, d’un Alfio qui le dénature et le spolie, la mafia continuera à s’enrichir de  la chair des plus faibles.

Dans ces temps où l’avidité de quelques-uns a atteint le  paroxysme du gaspillage le plus indécent, alors que  les multitudes des pays du sud manquent du nécessaire et sombrent dans l’indigence, comment ne pas approuver cette limpide vision néo-stoïque qui nous fait envisager la vertu  dans une  pure austérité ?

Alors, en definitive, un conte moral qui nous parle d’un monde qui chaque jour doit se defendre de la corruptiòn, de la mafia, de la violence de l’argent, de l’humiliation de la femme, de la trahison des personnes aimées, de la négation de la vie.

                                                                         Mirella Fanti