ET SI ON BATIALAIT de Michel Lagut ... la vie d'antan, version bilingue....

 

PREFACE de Geneviève Escande-Lagut

 Comment fait-il ? Le voilà déjà à son septième ouvrage ; il est vrai que Michel Lagut a vraiment la fibre de l’écriture. Toutes les idées fusent dans sa tête avec une facilité déconcertante que beaucoup aimeraient avoir. Il passe sans difficulté d’un ouvrage à un autre, complètement différent. Comment le qualifier ?

Mais restons dans le sujet : le patois. Il fait partie de sa tendre enfance ; ça nous ramène au temps qui passe, très présent dans chacun de ses ouvrages.

Si l’auteur se réfère à la communauté du village, ce n’est pas pour relever du communautarisme mais pour exprimer comment la société d’antan était structurée par la culture de l’oralité.

La tradition parlée occupait une place importante. Il ne peut échapper aux lecteurs que le patois est un parler rude, rustique, rocailleux, rapeux même, dont les racines s’enfoncent dans la nuit des temps.

La réalité y apparaît sans être masquée par l’image virtuelle, sans mise en scène. La vie humaine de cette époque n’était pas encore devenue un spectacle médiatisé où du commentaire de l’évènement, on est passé au commentaire de l’absence d’évènement.

Le patois fut la parole utilisée entièrement par les enfants en dehors de l’école, jusqu’à la fin de la dernière guerre.

La population vivait pratiquement en autarcie et le parler du village semblait encore plus affirmer l’unité, la protection de la cellule délimitée par chaque localité !

Ecrire cette préface fut pour moi un grand plaisir et j’espère que la lecture de cet ouvrage vous procurera autant de satisfaction.

Le temps passe si vite qu’un petit voyage dans le passé vous permettra de vous replonger dans la vie de nos « anciens ».

Mais ne soyons pas trop nostalgiques : chaque période de la vie nous apporte de bons moments ; encore faut-il savoir les saisir.

Comme tout s’accélère, il faut justement retrouver le fil de ce qui dure !

 

(Remerciements à Colette et Charles Maitre, du Deschaux,

pour leur aimable collaboration)

 

 

Introduction de l’auteur

 

 Chaque « parler » est la langue de résistance d’une minorité.

Le peuple parle dans sa langue, et c’est aussi par la force des mots qui produisent du sens, que les gens résistent à toutes sortes d’atteintes à leur mode de vie, basé sur l’échange, l’entraide, l’amabilité.

Le patois dans beaucoup de région et particulièrement dans le Jura, soutendait indubitablement toute l’expression de la société rurale jusqu’en 1945.

L’origine de ce « parler » se perd dans la nuit des temps, bien que certaines expressions, certains mots semblent issus du vieux Français et du latin.

Ce langage rudimentaire, un langage de village se plaisait à ne pas se confondre avec celui du village voisin : « l’ouzé » (l’oiseau), n’était pas « l’euzé » ni « l’uzio ».

Ce langage apparemment rustique parfois grossier était celui des paysans et s’associait, parfois, à une dévalorisation.

Au moment de la Révolution, on a voulu favoriser un langage unique, le Français, car plusieurs millions de gens ignoraient la langue nationale.

Le terme « patois » vient de « patoier » qui veut dire agiter les mains, gesticuler ce qui détermine une connotation péjorative du fait qu’on s’exprime par le geste.

La gente bourgeoise ne parlait qu’en Français ; elle n’employait le patois que pour montrer son affabilité à l’endroit des « petites gens »

Comme une proportion importante de la population vivait à la campagne, les divers patois étaient encore en usage avant la dernière guerre.

Durant le temps du conflit, quatre longues années, beaucoup de villages vivaient en autarcie économiquement évidemment mais aussi psychologiquement, spirituellement.

En ces temps de guerre le patois était le « parler » d’une grande partie de la société rurale.

Chaque petite communauté rurale s’isolait avec son langage, son vocabulaire, ses expressions ; la rigueur de la guerre annihilait les différences sociales et beaucoup trouvaient rassurant un « parler » local commun.

Les dangers, les difficultés vécus dans cette sombre époque rapprochaient les gens et le patois était un élément de convergence qui rassemblait.

Néanmoins, c’était le chant du cygne de ces parlers locaux. Avec la fin de la guerre, la société avide de liberté, de joie de vivre, de revanche après les années de souffrance, connut un désir de modernité.

C’en était fait du patois : la génération montante l’ignorait et à partir de là, il ne fut plus utilisé que par les gens plus âgés demeurant au village.

Avec le temps, avec les années, ce parler diminua inexorablement pour disparaître pratiquement à la fin du dernier siècle.

Dans quelques villages, de rares personnes vieillissantes, peuvent encore utiliser le patois : encore quelques années et elles auront disparu.

Ecrire le patois, cela ressemble à une gageure et c’est un peu tenter de résoudre la quadrature du cercle !

Et pourtant, en ces temps de mondialisation où bien des gens se réfugient dans le nationalisme, et le particularisme, la disparition totale du patois semble regrettable à beaucoup.

Des esprits contrariés pourront critiquer l’orthographe, la validité de ces écrits : alors qu’ils mettent en œuvre à leur tour quelque chose qui empêche l’effacement total du patois !

Ce patrimoine linguistique mérite d’être préservé et conservé, ne serait-ce qu’au regard des générations de gens disparus qui l’utilisèrent tous les jours. Ce fut la langue de nos aïeux.

Sans aucune prétention, il a été simplement essayé ici de laisser une trace, un souvenir d’un langage coloré et vivant, si proche aujourd’hui de sa totale disparition.

 


C’qu’on migeot à la maison

 

 

 La maison so l’avou on habito ; on y fa à migi, on s’y chauffo, on y causo, on y migeo atou dans l’outau.

Quand yo midi on vin sester autour de la table pour mérander.

Les houmes enlevin yote chapé, peu a sestin sur le banc.

Les fennes servin la soupe aveu un pochon, a remplissin les essites et peu chacun migeo dans son coin.

Les piats etin tauje pareils : on migeo gros de patates, yeto ce qu’on migeo tous les jous : y’en avo des cueutes à ieau pou dsus la lavure du couchon. Y’en avo atou des keutes à la casse aveu la pé qu’on béyo encou au couchon.

Queques fois, on migeo atou du poulo les jous de fête : avant de li coupé le co a l’éto en caige, quinze jous où à leto bin soigni.

Aux bés jous, on cueillo les haricots vés. Quand y’en avo epo, on en metto dans un ptiot salou aveu d’ieau salée pour les migi l’hivé.

Après migi, yavo le déssert : yeto tauje de la routche aveu des us à la nége.

Après avoir bu le café, les houmes bvin la goutte alors que les fennes se servin de ieau de coing.

Et peu, en hivé, on tuo le couchon !

 

 

Ce qu’on mangeait à la maison

 

La maison, c’était où on habitait, on y faisait à manger, on s’y chauffait, on y parlait, on mangeait aussi dans la cuisine.

Quand il était midi, on venait s’asseoir autour de la table pour dîner.

Les hommes enlevaient leur chapeau puis ils s’asseyaient sur le banc.

Les femmes servaient la soupe avec une louche ; elles remplissaient les assiettes et chacun mangeait dans son coin.

Les plats étaient toujours pareils : on mangeait beaucoup de pommes de terre ; c’était ce qu’on mangeait tous les jours. Il y en avait des cuites à l’eau au-dessus de la nourriture pour le cochon. Il y en avait des cuites à la casserole avec la peau que l’on épluchait pour donner au cochon.

Quelquefois, on mangeait du poulet, les jours de fête : avant de lui couper le cou, il était mis en cage quinze jours et il était bien soigné.

Aux beaux jours, on cueillait les haricots verts. Quand il y en avait épais, on en mettait dans un petit saloir avec de l’eau salée pour manger l’hiver.

Après manger, il y avait le dessert : c’était toujours de la brioche avec des œufs à la neige.

Après avoir bu le café, les hommes buvaient la goutte alors que les femmes se servaient de l’eau de coing.

Et puis, en hiver, on tuait le couchon.

 

 


 

PERDITION Roman de MICHEL LAGUT

Préface de Martial Maynadier

Directeur de la Collection le Parc

 

 

Michel Lagut est un écrivain. Sa vocation s’est affirmée depuis son premier récit UN TEMPS DE GUERRE, paru en 2013, suivi d’UN TEMPS DE COLLÈGE. La pluralité des capacités de sa plume s’est révélée ensuite dans un essai socio-philosophique, LE TEMPS CE N’EST PAS DE L’ARGENT, puis un ouvrage sur son Village, RAHON, AU FIL DU TEMPS, et un ouvrage de réflexion sur LA MORT, DE PROFUNDIS

PERDITION est son premier roman, et ce coup d’essai est un coup de maître.

Le livre déroule le cheminement de la vie sociale, psychologique et amoureuse de Rafaël.  Dans les premières pages, on découvre un adolescent plein de vie, avec ses rêves, ses valeurs, ses espoirs, ses projets, son goût de l’indépendance et des plaisirs sensuels.

Puis apparaît un adulte, mû par ses élans, son affectivité débordante mais qui affiche une blessure narcissique et un besoin de reconnaissance et d’amour. Il arrive parfois à une osmose sexuelle où il est pleinement attentif à tous les charmes des plaisirs de la chair : c’est là, qu’il ressent le plus l’intensité de la vie. Mais l’amour et la tentative de vivre en couple et de fonder une famille vont l’entraîner dans une spirale négative.

Ses amours tumultueuses passent par des relations empreintes de passions, d’illusions, qui débouchent sur la jalousie, la peur de perdre l’autre. Rafaël de plus en plus incertain de sa voie, s’égare lui-même dans les méandres des attentes, des projections illusoires, en ne cessant d’espérer que l’autre comblera ses manques, ses désirs.

Cette vie turbulente, il ne saura la conduire à un accomplissement salutaire !

Et comme le dit Schopenhauer : « la vie oscille comme un pendule, entre la souffrance à l’ennui »

Celle de Rafaël en est une illustration ! 

 

C’est une histoire puissante et tragique que nous conte l’auteur avec une force d’expression peu commune, un sens du détail et de l’analyse qui donne une forte impression de vérité.

Les ressources d’une langue maîtrisée et d’un style très personnel, donnent au livre une couleur particulière ; l’auteur ne recule pas devant une inventivité linguistique, créant parfois des néologismes pour mieux suggérer sa pensée.

 

Le récit n’est pas à la première personne, mais le narrateur en empathie avec son personnage, épouse son parcours et entraîne le lecteur dans une étroite association avec le triste héros du roman. On souffre avec lui, on se perd avec lui, jusqu’au point final libératoire…

 

 

 

RAHON AU FIL DU TEMPS de Michel Lagut

Après « Un temps de guerre », « Un temps de collège », « Le temps n’est pas de l’argent », l’auteur nous ramène dans son bon vieux village de Rahon : il a mené une enquête minutieuse auprès des plus anciens habitants, et fouillé dans les archives pour dresser des portraits « hauts en couleur », originaux, pittoresques, souvent drôles, parfois émouvants de 1870 à nos jours.
Il nous apporte une mine d’enseignements sur le Rahon d’autrefois qui passionnera les personnes férues d’histoire.
Le titre de l’ouvrage nous invite à découvrir les moments, les espaces mis à nu, les ombres et les lumières d’un village. Cette juxtaposition dévoile les paradoxes qui existent dans les relations humaines entre le vertueux, l’estimable, et leurs contraires, l’indigne et l’avilissant.
L’auteur semble vouloir rester en dehors des polémiques du microcosme rahonnais, mais ses sentiments apparaissent soudainement au détour d’un paragraphe, d’une phrase, surtout dans la dernière partie, la plus récente.
On trouve la plume acérée, tour à tour tendre et féroce, la facilité d’écriture, la capacité d’analyse, l’humour aussi, que Michel Lagut a su exprimer dans ses précédents ouvrages !
Nul doute que chaque Rahonnais, et au-delà chaque lecteur, trouvera un plaisir à la lecture de cet ouvrage et ressentira la nostalgie qui se dégage au détour de certains paragraphes.
Dany Gonnet

 

 

 

 

 

 

 

 

LE TEMPS CE N'EST PAS DE L'ARGENT   de  MICHEL LAGUT

 

Avant propos de Martial Maynadier

Directeur de la Collection Le Parc

 

 

Un temps d’Apocalypse

 

Ce nouveau livre de Michel Lagut suscite d’abord l’étonnement. Le lecteur qui a déjà apprécié ses livres précédents, Un temps de Guerre, et Un temps de Collège, connaît l’habileté d’écriture et la finesse d’analyse de l’auteur, mais  cette fois le sujet de l’ouvrage ne porte plus sur l’évocation de souvenirs personnels ni ne constitue un témoignage sur des temps révolus. Il s’agit bien au contraire de proposer une réflexion profonde, philosophique et politique (au sens noble du terme) sur notre monde contemporain et son devenir.  Michel Lagut révèle ici une érudition, une information, une capacité d’analyse et de prospective qui laissent pantois. Et c’est l’admiration qui se développe au fil des pages  devant la fresque brossée par un sage à l’œil et à la plume acérés qui transpercent et dénoncent les faux semblants de la « bienpensance » contemporaine. Le livre révèle peu à peu sous le regard ébahi du lecteur les réalités tragiques du monde où nous vivons. Il déchire les voiles, arrache les masques, brise les écrans qui nous abusent, et d’un ton tantôt didactique et familier, tantôt prophétique, il nous donne à voir une situation redoutable, celle de nos sociétés prétendues développées qui nous conduisent à la catastrophe inéluctable, si ne se lève une « armée d’insoumis pacifiques »  qui change le cours des choses.

Ce livre est un avertissement avant l’apocalypse annoncée pour une humanité fourvoyée.

 

UN TEMPS DE GUERRE de MICHEL LAGUT

Préface

La guerre pour la plupart des français d’aujourd’hui est du domaine de l’ailleurs. Une horreur lointaine, des images, des reportages venus de l’étranger. Préservées depuis quelque soixante dix ans les campagnes et les villes françaises n’imaginent pas la confrontation avec la violence de masse qui s’abat sur toute une communauté, le face à face soudain avec la destruction, la terreur et la mort. Cette menace pourtant, encore présente si proche de nous, qui a ravagé une partie de l’Europe à la fin du siècle dernier dans les guerres de l’ex Yougoslavie et qui frappe encore des populations proches de nous sur d’autres rives de la méditerranée, cette irruption soudaine du cauchemar dans la vie quotidienne, elle demeure dans la mémoire de nos anciens. Les plus âgés ont vécu leur enfance dans un monde où la guerre n’épargnait ni femmes ni enfants, ni civils d’une façon générale. Michel Lagut témoigne ici, avec tout à la fois une mémoire vive et le recul du sage, de ce que furent ces enfances au quotidien sous le signe de la guerre. Son récit fait œuvre de mémoire et aussi d’avertissement. Au-delà de cet intérêt, il révèle un écrivain qui sait mettre en scène ses images intérieures, captiver amuser, analyser. C’est un auteur de bonne compagnie, qui nous livre ici son premier ouvrage, non le dernier à n’en pas douter.

                                                            Martial Maynadier


UN TEMPS DE COLLEGE de Michel Lagut

Pésenation par Serge Etiévant

Arc... collège de l’Arc...
...voici soudain surgir de part et d’autre du jeune pensionnaire angoissé de redoutables et stoïques arches.
Dans ce Dole des années 50, ces arcades séculaires, emboitées en perspective presqu’infinie d’hyperboles autoritaires, recelant encore l’ombre des Jésuites, lui préfiguraient-elles les arcanes d’un classique et austère savoir ?
Rien n’est moins sûr.
En tout cas, si le carcan traditionaliste d’après-guerre est bien là, planant sur les grands dortoirs et les heures d’étude, on y rencontre déjà, en résistance à l’autorité, aux conventions obsolètes et au latin, l’élan d’un esprit rétif, résilient et philosophe en cette aube des Trente Glorieuses.
Ici, c’est à nouveau Michel Lagut, « mon » instit’, qui nous fait partager un autre temps de sa jeunesse. Un temps d’études chaotiques, de vie collective à apprivoiser, mais aussi un temps de chahut, de solidarité, de sport et de découvertes adolescentes.

Serge Etiévant

 

 

 

Prologue

  Les écrits de ce simple et modeste ouvrage n’ont pas l’intention ni vocation à exprimer une vérité objective, mais visent à rester au plus près de la réalité.

A la lecture du récit, il se peut que certaines personnes considèrent que les souvenirs sont soit altérés ou mis en exergue ; ceci peut être ressenti.

Avec le temps, avec les aléas de la vie, la mémoire s’effiloche. Il n’est pas question de rappeler une tranche de vie avec une énumération non exhaustive des évènements qui ont jalonné cette période de jeunesse.

En résumé : si des camarades avaient la courtoisie de lire cet opuscule, qu’ils le fassent avec aménité et bienveillance, tout en exprimant avec vigueur une critique sans condescendance. On doit toujours entendre une analyse objective venue de ses pairs, ceci est une condition incontournable du respect de la liberté de penser propre à chacun.

  Si le texte peut apparaître comme l’expression d’un individualisme écrasant, telle n’est pas sa visée : il n’est pas rédigé pour faire apparaître une suffisance, un amour de soi, un besoin de paraître, tellement commun aujourd’hui.

On n’a pas voulu non plus que le monde du collège s’affiche comme anecdotique, égocentrique et prétentieux. C’était un microcosme relativement clos, mais aussi un lieu où les opinions libertaires cohabitaient avec un conservatisme éclairé.

 

Pour bien saisir l’atmosphère et le cadre de ce petit recueil, il faut savoir que le collège de l’Arc avait qualité de lycée : l’enseignement y débutait à l’école primaire pour se terminer au baccalauréat.

 

 Michel Lagut