DES MOTS SOUS LE SOLEIL

Préface

Claude Hardy est une voix, pas seulement phonique, de l'intérieur. Il en impose par sa stature et son timbre. Sa présence est unique.

La première fois que je l'ai entendu (et vu) j'ai été subjugué, tout comme l'assistance.

La puissance de ses mots, gravés dans le granit, la ponctuation qui anime ses phrases, m'ont tout de suite fait penser à ces bardes bretons, dont Glenmor. Je le lui ai d'ailleurs dit, alors, il ne connaissait guère, mais a apprécié la comparaison. Son phrasé est une vague qui caresse, puis submerge. Ah ! Ce n'est pas l'amphigouri d'une de ces poésies, dites modernes!

 Claude Hardy signe son cinquième recueil : "Des mots sous le Soleil". Son inspiration lui vient de Très Haut, pour ne pas dire « du ». Et il me fait la joie, moi mécréant notoire, de lui écrire une préface. C'est dire sa largeur d’esprit et sa tolérance.

 Aussi lisez et relisez-le, pour pénétrer et voyager dans sa poésie.

Jean-Marie Moricot

 

 

IL DISAIT

 

 

Jésus disait ce que le ciel dépense. Oui, il disait qu’un Dieu, loqueteux, prise les riches enfants vêtus de silence. La Croix s’en venait, dressée après le coucher des jouvences et le fils agrandissait bien que géniture avare à la naissance. Jésus déchiffrait les actes par le Père en contact, puis le récit d’azur sonna dans ses fémurs.

 

Celui qui vient, avec ses sandales bouleversées, dénoue la gorge des mélodieux chemins. Jean, le vrai auteur du miel, retarde ses abeilles de sorte à être à l’heure où le berger saignera le poignard de sa voix. Il nourrira alors l’âge parvenu aux tempes du peuple théophage. Le Seigneur est vainqueur comme seul désert dont les sables élèves chevauchent les villages en nage et la patrie inouïe entend l’absence que module la silice des voix qui se hissent. Il est venu au bout de nos dégoûts, il n’est pas nu, bien que par sa parole dévêtu, je l’ai vu tôt et mes yeux, en retard de hasard, ne m’ont pas cru.

 

L’enfant grandissait, le ciel s’élevait obéissant à son sang, rebelle aux fermetures dictées du péché de roture. Sa taille était victuaille et sa main achevait le dépôt de nos nuques, le ciel s’écrivait tel que le lisait Luc. Je suis la vie que la mort envie et que l’eau aime comme l’aime le poème du puits. La Judée, la Samarie, ont vu dépasser l’âne vague qui conduisait au pré tout précis de Marie. J’ai l’enfant dans les yeux tandis que mes lèvres relèvent le rebond des mots sur les pentes taciturnes de l’Esprit. Le Fils prononce un père, lequel ne l’a point dédit, et nous ornons cette rive dive dont l’océan ne s’est jamais produit.

 

Je crains la parabole d’idole que répète un vieux silence, mais le ciel est né duquel Marie a tué l’absence. Les élèves, pourtant peu hâtifs à l’amour, acceptent le maître de sa menace ; il est vaste disparu que précède à l’envi le pays de ses traces. L’amour se va et le monde augmente en fleuve inondé d’oiseaux.

 

Le Sire a vécu la naissance, fille éternelle douce, ma chair à sa source est devenue mousse. L’amour ici me va, mais le ciel soumis à la fenêtre de l’être, me file sous les doigts.

 

Les vivants et les morts n’ont-ils pas corps que Dieu chérit, que Mort adore ?

 

L’enfant, sans armée acclamée, marche sur les sceptres jonchant l’azur habité de rois et la Loi ligature la nature des silences qui se dépensent à la voix où se déverse le choix. Seigneur, le rêve de mes yeux a veillé ta prunelle, ton repos rend mon lit fraternel.

 

 

LA FEMME COMMENCE AVEC UN FLEUVE

Claude Hardy  est un poète né en Normandie. La Seine et l’Epte irriguent ses images d’enfance et son écriture poétique. Des études de Lettres le mènent au professorat. A partir de 2009 sa vocation poétique se révèle, d’abord associée à l’œuvre du peintre Gérard Marchand.

2010 : publication de son premier recueil : « Paroles de sable à la mer ».

2010-2011,  il travaille avec un autre peintre, Françoise Roullier à la confection d’un « livret d’artiste ».

2012 : publication de son  second recueil : « Les corps d’un poète ».

2014 : publication du troisième recueil : « Le calme en ce royaume ».  

 

Claude Hardy est membre de Poésie et Nouvelles en Normandie. 

Sa poésie originale, hors norme, s’apparente au lyrisme  et s’attache à la notion de « paysage intérieur ».  Elle est écrite dans une langue qui rompt avec l’écriture conventionnelle.

 

« Claude Hardy en appelle au chant, il croit aux pouvoirs du vocable. Ses textes sont profération, enchantement de la parole. .. Mais ses mots gardent aussi un sens, qui n’est pas « celui de la tribu » comme le disait si bien Mallarmé, mais un sens qui suggère, emporte et ravit celui qui accepte de se laisser entraîner dans les sarabandes syntaxiques et sémantiques de l’auteur.  Comme tout vrai créateur, Claude Hardy a son langage personnel à ses fins poétiques. Rien n’est donné à la facilité.  Mais il faut se laisser porter, comme par le fleuve, emporter comme par la femme, vers l’océan du texte, et accepter cette invitation au voyage, au savoir,  et à la découverte… »

Martial Maynadier