Le chat qui n'était pas un chat ou Le Précepte du non chat

 

Préface

 

Le roman d’Arthur Gardine étonne à plus d’un titre. Premier roman d’un auteur dont la culture est plus orientée vers le management d'entreprises que la littérature, l’ouvrage témoigne d’une singulière maîtrise de la langue et d’un goût particulier pour l’esthétique de l’expression française. Avec une audace remarquable le rédacteur choisit en outre d’effectuer, dès son premier ouvrage publié, une modification radicale et inédite de l’orthographe française en usage en simplifiant les consonnes doubles, s’appuyant en cela sur les travaux d’EROFA dont il est membre. Claude Gruaz détaille dans son avant propos, tous les enjeux d’une telle démarche. 

Mais l’aspect formel n’est pas la seule originalité du livre qui nous est ici présenté. Le sujet lui-même, indiqué par le double titre, confronte le lecteur à une invraisemblance majeure que l’habileté du narrateur rend pourtant crédible d’un bout à l’autre de l’œuvre. Nous croyons à ce chat, qui n’en est pas un, et comme sa maîtresse nous cherchons à le comprendre, à le mieux connaître, à l’entendre dans la nostalgie de son état humain perdu, mais aussi dans ses considérations de lucidité et de sagesse quant à nos modes de vies et les améliorations qu’ils  nécessiteraient. Tous les personnages humains et animaux du récit sont par ailleurs attachants, proches, et nous deviennent au fil du texte des familiers qu’il nous semble avoir connu de longue date.

Les lieux, les décors, les anecdotes, les événements graves ou légers de la vie quotidienne acquièrent une présence surprenante par la grâce d’un style  tout à la fois élégant et direct, et nous sommes tenus en haleine par l’évolution de l’intrigue jusqu’au dénouement, inattendu et puissant.

Un livre jubilatoire, et utile, qui réjouira tous ses lecteurs. On en redemande.    

Martial Maynadier

 

 

Avant-propos de CLAUDE GRUAZ

 

Arthur Gardine est, à ma conaissance, le premier auteur à oser adopter une orthographe rationalisée, du moins sur un point, celui de la simplification des consones doubles. Audace inadmissible diront certains, ce n’est plus du français, on ne comprendra plus rien. Voyons donc ce qu’il en est dès cet avant-propos.

Une remarque s’impose imédiatement : malgré les modifications graphiques des mots, le texte est compris, qu’il soit naratif ou descriptif.

Est-ce à dire que la simplification ne perturbe pas le processus de lecture ?

On observe que dans ce roman le raport à l’oral est toujours maintenu, ce qui était une condition imposée dans les études préparatoires d’EROFA pour procéder à la réduction des consones doubles. C’est pourquoi les deux c de accident ou les deux r de surréalisme, qui sont prononcés, doivent être maintenus, de même que les deux n de ennui sans lesquels la prononciation de ces mots serait modifiée.

En revanche, des mots  tels que persone, vile, tèle sont lus sans dificulté.  Le raport à l’oral n’étant pas altéré par la simplification de la consone.

Mais sont-ils reconus et compris ?

Persone est à la fois lu, reconu et compris sans aucun problème.

Il n’en est pas de même de vile qui est aisément lu mais pourait être reconu et compris dans le sens de « abject », ni de tèle qui est certes lu mais pourait être dificilement reconu, le raprochement avec télé venant vraisemblablement contrarier la reconaissance du mot et,  par voie de conséquence, la compréhension du texte.

Or nous constatons  que l’accès au sens du roman n’est nulement perturbé. Cela est dû au fait que le sens d’un mot est toujours dépendant du contexte, lequel lève l’ambigüité possible, ce qui est le cas ici puisque la phrase évoque, en parlant du personage : « sa joie vive, tèle qu’une enfant peut la manifester ».

La simplification des consones doubles a plusieurs implications.

La réduction peut être le simple éfacement d’une consone, ex. bone pour bonne, atente pour attente. Mais l’éfacement n’est pas toujours possible, ainsi le doublement doit être maintenu aussi bien dans famille  que dans esquisse car les graphies famile et esquise seraient prononcées autrement.

Lorsqu’il est possible, le non-doublement doit parfois s’acompagner de l’ajout d’un accent, par exemple dans permètre, et cela pourait être cause d’ambigüité, come entre mettre et mètre ; le contexte là aussi lèvera probablement  tout ambigüité.  

Pour ne pas trop heurter les habitudes du  lecteur, l’auteur a maintenu le doublement dans quatre mots fréquents : «  elle, homme, femme, terre, » même si cela a pour inconvénient d’introduire des exceptions à la nouvèle règle.

Ces remarques  peuvent doner à penser que la simplification est dificile à apliquer et que, tout compte fait, il serait plus simple de conserver le doublement auquel on est habitué et qui ne pose pas de dificulté pour lire ni pour écrire puisque l’on conait l’orthographe des mots.

C’est précisément là qu’est le problème : coment est-on parvenu à conaitre l’orthographe des mots si ce n’est par un long processus d’acquisition qui prend en compte diférents facteurs tels que l’image ou la fréquence, mais surtout qui mobilise de nombreuses heures d’enseignement.

Cela n’est pas en soi un obstacle, bien d’autres matières font l’objet d’un long aprentissage. Mais plus grave que le temps consacré à cet aprentissage est le fait que le doublement ne répond pas à des règles logiques : pourquoi écrit-on patronner et patronage et… consonne mais consonantique ? Des raisons ont été avancées : on écrit rationnel et rationalité selon une « règle » qui impose de doubler la consone devant –el et pas devant -al, le premier étant « populaire »  et le second « savant », règle qui, elle aussi,  s’acompagne d’exceptions tèles confessionnal, décennal, etc..

Pour conclure, cète question au lecteur : avez-vous compris ces quelques lignes bien que les consones doubles inutiles en aient été éfacées ? Il est fort probable que votre réponse est afirmative, mais elle est peut-être acompagnée d’un « oui mais », ce « oui mais » signifiant : que devient alors notre « belle langue », et que deviènent les œuvres de nos grands auteurs ? Ce à quoi on répondra que nos plus grands classiques écrivaient sans doubler systématiquement les consones dans les mots où elles le sont aujourd’hui, c’est par exemple le cas de La Fontaine qui écrivait diferent, tranquile, atraits, conoît, ariere, quiter, etc.

La supression des consones doubles inutiles répond à une règle simple, facile à comprendre et à apliquer, qui ne peut que renforcer la conaissance et la pratique de l’orthographe. Mais ne nous hâtons pas, recomandons seulement que les graphies simplifiées ne soient plus considérées come des fautes. Ne sont-elles pas conformes aussi bien à la tradition qu’à la logique ?[1]

 

 

Claude Gruaz

Président d’EROFA (Etudes pour une Rationalisation de l'Orthographe Française d'Aujourd'hui)  

Membre du Conseil International de la Langue Française (CILF)

 



[1]               CF.  C. Gruaz (dir. 2013), Simplifier les consonnes doubles, Limoges, Lambert-Lucas,.